27 janvier 2026

Buru Quartet

La lecture a toujours été pour moi un refuge, un lieu réconfortant, me permettant de vivre mille vies à la fois, d'approfondir des pensées, d'expérimenter de nouvelles façons de voir les choses et aussi de vivre virtuellement de nouvelles expériences, d'apprendre et de m'intéresser à tout ce qui n'est pas ma vie. Il n'y a rien qui me rend plus enthousiaste que de constater qu'on peut encore découvrir de nouvelles histoires, de nouvelles vies. Lorsqu'un livre m'amène dans cet état de découverte et d'ouverture suprême, c'est toute mon âme et tout mon cœur qui jubilent et s'emballent.
En découvrant Buru Quartet sur les conseils d'une collègue, je ne pensais pas ressentir tout cela. Le contexte géographique de ce livre, l'Indonésie, était en partant intrigant, puisque je n'avais jamais rien lu provenant de ce pays. Nous sommes tellement ethnocentré, c'en est parfois désolant. Faisons un petit écart vers l'Est, vers le Sud, pour nous ouvrir l'esprit. 
Puis, je découvre, après avoir déjà lu une centaine de pages de ce tome 1 de Buru Quartet, que l'auteur, surnommé Pram, avait écrit cette tétralogie (4 tomes) alors qu'il était emprisonné à la prison de l'Île de Buru, dans les Moluques, de 1969 à 1979. L'histoire de Minke, que nous découvrons dans Le monde des hommes, premier volet de la tétralogie, était racontée dans la vraie vie par Pram à ses codétenus. Il a ensuite rédigé le texte à partir de 1975. 
Pourquoi Pram a-t-il été emprisonné ? Il était accusé de sympathies communistes par le dictateur Suharto. Il a été envoyé au bagne de Buru, considéré comme le Goulag des Mers du Sud. Sous la pression internationale, il a été libéré en 1979, mais jusqu'à la fin de sa vie, il a toujours été surveillé et censuré. Pram a été emprisonné de nombreuses fois, sous différents régimes politiques et militaires, parfois sans procès, et il a souvent écrit en prison. Ardent défenseur de la liberté d'opinion, il a exercé le métier de journaliste et a été très actif dans les différents mouvements pour la liberté d'expression, qu'elle soit politique ou  sociale. Écrivain prolifique, il a publié plus de cinquante romans et essais, traduits dans plus de quarante langues (seulement quelques-uns en français).

Sa tétralogie Buru Quartet étonne autant qu'elle enchante par cette immense liberté qui en émane.
C'est, je crois, ce qui m'a le plus happée dans cette histoire.
Le monde des hommes nous présente Minke, un brillant jeune homme qui se destine à devenir journaliste, au tournant du XXe siècle. Il est indigène, mais fréquente une école en principe réservée aux blancs et aux métis. L'Indonésie est alors un pays colonisé par les Pays-Bas et se nomme à cette époque les Indes néerlandaises. Minke rencontre Ontosoroh, la concubine d'un riche colon hollandais. Entre les deux se développent une relation presque filiale, mais aussi très intellectuelle, permettant à Minke de développer sa pensée et d'apprendre à découvrir son propre peuple qu'il connaît si mal, sa connaissance étant polluée par la pensée coloniale. En effet, ce qui est valorisé dans ce pays, pourtant si riche, est presqu'uniquement la connaissance européenne. Les biais sont nombreux et tout ce qui est considéré comme venant du petit peuple indonésien est systématiquement méprisé, même par les autochtones. Ontosoroh a une fille, Annelies, dont Minke tombe éperdument amoureux. Annelies représente la population métisse des Indes néerlandaises, puisqu'elle est issue de l'union entre Ontosoroh, une Indonésienne, et d'Herman Mellema, un Hollandais. Son union avec Minke est très mal vue dans la société indonésienne, puisque Minke est un indigène, et que les différentes classes sociales ne doivent pas se mélanger.
Cette prémisse permet à l'auteur de traiter de façon approfondie des relations de classe et de statut coloniaux dans la société indonésienne en transition. Cela lui permet d'aborder librement tous ces thèmes absolument passionnants, qui permettent de mieux comprendre le pouvoir colonial et le désastre colonial. Cette lecture nous met en colère contre ceux qui se pensent supérieurs à d'autres, et cette réflexion est absolument contemporaine, même si dans Buru Quartet, elle se déroule en 1900...
L'auteur adopte un souffle romanesque à son histoire, dans un style parfois un peu chargé, ampoulé, mais jamais ennuyant. Les rebondissements sont nombreux et souvent dramatiques, éveillant Minke aux réalités de son peuple et de l'histoire de son pays. Sa conscience politique se raffine, ses réflexions et ses agissements se portent progressivement sur son peuple, alors qu'il prend conscience du mépris des colons. Et surtout, qu'il réalise que les Indonésiens, qu'ils proviennent de la campagne, parlent javanais ou malais, ont le droit d'exister pleinement, sans être jugés par le colonisateur.
On apprend beaucoup sur l'Indonésie et durant la lecture de ces quatre tomes de Buru Quartet, on est véritablement ailleurs, décentré, destabilisé. Pour notre plus grand bien. Un roman profondément humaniste, à la fois quête identitaire et philosophique.


Pour aller plus loin : 
Découvrir Buru Quartet, aux Éditions Zulma.
13 livres pour déconstruire le colonialisme.

Buru Quartet, Tome I : Le monde des hommes, Pramoedya Ananta Toer, Éditions Zulma, 2017, 507 pages.
Tome II : Enfant de toutes les nations, Zulma, 2021, 513 pages.
Tome III : Une empreinte sur la terre, Zulma, 2022, 721 pages.
Tome IV : La maison de verre, Zulma, 2022, 595 pages.


La première publication de cet ouvrage, en indonésien, date de 1980.

22 janvier 2026

Blue Period

Le seinen manga (littéralement "manga pour jeune homme") Blue Period, créé en 2017 par Yamaguchi Tsubasa, est publié en français depuis 2021 par les Éditions Pika. Jusqu'à aujourd'hui, il existe 18 volumes à ce manga pour un total de 82 chapitres. 
Blue Period raconte l'histoire de Yatora Yaguchi, un brillant étudiant de secondaire (équivalent à la terminale française, dernière année de secondaire), très populaire auprès de ses camarades, mais qui semble expérimenter une sorte de vide existentiel qui le pousse à toujours être en représentation. Il ne sait pas trop ce qu'il souhaite faire de sa vie, il se sent inutile et n'arrive pas à exprimer ses émotions. Jusqu'au jour où la contemplation d'un tableau exécuté par une camarade lui donne envie de se remettre au dessin et à l'art. Il rejoint le club d'art de son école, et poussé par sa professeure, expérimente de nombreuses techniques et pratiques artistiques. Au fil des volumes de ce manga, Yatora évolue dans sa pratique artistique, se découvre et finit par formuler le souhait de s'inscrire en faculté d'art. Au Japon, la compétition est féroce pour intégrer l'une de ces facultés d'art. Yatora vise en particulier la faculté de Tokyo.
Le dessin et l'art deviennent une passion pour Yatora, qui y met tout son cœur et son temps. De volume en volume, le lecteur découvre en même temps que le protagoniste les différentes techniques artistiques, aquarelle, portrait, paysage, perspective, photo, dessin, etc., faisant de Blue Period un manga très pédagogique, qui donne envie, tout comme Yatora, de se mettre à dessiner !
Ce manga nous apprend comment la sélection des étudiants, que l'on sait très compétitive au Japon, se déroule dans les écoles d'art. On souffre avec notre héros, qui, sous ses airs indolents, donne tout lors de concours tous plus difficiles les uns que les autres. 
La série est agrémentée d'oeuvres picturales, présentées tout au long des pages, qui permettent de se situer dans l'évolution artistique de Yatora, en même temps qu'il découvre l'histoire de l'art (et nous aussi !). L'intérêt de ce manga est également de s'intéresser non seulement aux techniques artistiques, mais aussi aux tourments et questionnements vécus par les artistes. On apprend et évolue avec eux : il n'y a pas que Yatora, mais aussi tous ses camarades, qui passent aussi les différents concours avec plus ou moins de succès. C'est très intéressant. Car Yatora a aussi toute une bande d'amis, que l'on apprend à connaître au fil des volumes. Tous ne sont pas des artistes. Chacun se découvre. En cela, Blue Period est un manga résolument moderne, qui casse un peu les clichés inhérents aux mangas, habituellement très genrés. Ici, on déconstruit un peu les genres, même si on n'y échappe tout de même pas (les jeunes filles aux proportions surréalistes), les jeunes se questionnent sur leur identité et explorent l'amitié et les doutes. On sort finalement un peu de ces stéréotypes lorsque ces différents protagonistes se révèlent avec toute leur fragilité.
Blue Period a fait l'objet d'une adaptation en anime, disponible sur Netflix (studio Seven Arcs). Le manga a reçu au Japon le Grand prix du manga en 2020 ainsi que le Prix du manga Kōdansha 2020 : il est considéré comme l'un des mangas les plus populaires des dernières années.

Blue Period, Yamaguchi Tsubasa, Éditions PIKA, 2021.

20 janvier 2026

Mon vrai nom est Elisabeth

Adèle Yon, chercheuse, écrivaine mais aussi cheffe cuisinière d'origine française, a construit son premier ouvrage Mon vrai nom est Élisabeth sur sa thèse de doctorat, une enquête en recherche-création réalisée à l'Université de Paris Sciences et Lettres (PSL), sous la direction d'Antoine de Baecque et d'Antonio Somaini et soutenue en décembre 2024. 

En partant du suicide de l'un des fils de son arrière-grand-mère Betsy, frère de la grand-mère de l'autrice, et en suivant le fil rouge de la santé mentale, Adèle Yon compose une somme de recherches sur l'évolution de la santé mentale en France et dans le monde au XXe siècle. Elle démontre la négligence et le mépris envers les femmes qui a été bien trop souvent au coeur de la recherche médicale en santé mentale.
L'autrice, en avançant dans ses recherches, tente de démêler les non-dits, les mensonges familiaux, les peurs de tous les membres de sa famille, les siennes au premier plan. Elle essaie de redonner une place à cette femme que tout le monde nommait Betsy, qu'elle n'a elle-même jamais connue, comme s'il s'agissait d'un petit oiseau fragile et incompétent, alors qu'elle a été victime de son époque, des préjugés nombreux, du mépris de son mari et de l'incompréhension généralisée. Adèle Yon répète souvent dans son livre qu'elle a peur de sombrer elle-même dans la folie, étant donné les antécédents familiaux. Grâce à son enquête, elle retrace tout le cheminement qui a mené à ces différents drames familiaux que sa famille a traversés. Elle aborde le transgénérationnel et la transmission, même (et peut-être surtout) par les non-dits.

La forme de ce livre, presque inclassable, provenant comme on l'a vu d'une thèse de doctorat, donc a priori très intellectuel, érudit, qui pourrait même souffrir d'un préjugé élitiste, embrasse en réalité une forme éclatée, qui utilise des entrevues avec la famille, parfois très intimes, des archives médicales passionnantes, des lettres, des témoignages, et convoque les pensées de l'autrice à travers toute cette enquête fort perturbante. Cela en fait un objet universel, qui part de l'intime pour aller vers la grande Histoire. Le style reste la plupart du temps très fluide, avec de très beaux passages lorsqu'on touche aux réflexions de l'autrice. 
La deuxième partie du livre - un peu plus hermétique, mais nécessaire - est consacrée à l'histoire de la santé mentale et notamment à l'utilisation de la lobotomie, mise au point par des médecins portugais et pratiquée à grande échelle par le médecin américain Walter Freeman et son fameux pic à glace, qui en a fait une procédure banale et solution à tous les maux de l'hystérie féminine. Adèle Yon, en s'appuyant sur des statistiques, démontrent que cette pratique était essentiellement réalisée sur des femmes, considérées comme "égarées" sur le chemin traditionnel qui leur était dévolu : la maternité et la soumission à leurs maris.
L'ensemble du livre, sur ce sujet, est extrêmement triste et nous avons l'impression d'assister à un grand gâchis. L'arrière-grand-mère de l'autrice a été diagnostiquée schizophrène en 1950, sans véritable certitude, et a été l'une des premières personnes lobotomisée en France.

Un livre absolument passionnant, qui nous obsède longtemps et qui figure régulièrement parmi les ouvrages cités comme marquants en 2025, faisant l'unanimité auprès du public et des critiques. Son intérêt résidant à plein de niveaux différents, chaque lecteur peut être interpellé par un aspect ou un autre de cette grande enquête.

« C'était un nom qu'on ne prononçait pas. Maman, c'était un non-sujet. Tu peux enregistrer ça. Maman, c'était un non-sujet. ». 


Pour aller plus loin : 
Des affaires de famille, avec Blandine Rinkel et Adèle Yon (Émission littéraire de la chaîne Public Sénat, présentée par Claire Chazal)

Mon vrai nom est Élisabeth, Adèle Yon, Éditions du Sous-Sol, Paris, 2025, 400 pages.

30 septembre 2025

Le storyboard de Wim Wenders

Stéphane Lemardelé, auteur de bande dessinée basé en Estrie, a été engagé dans l'équipe du film de Wim Wenders, Every Thing Will Be Fine, tourné dans la région d'Oka et à Montréal en 2015. Le réalisateur souhaitait tourner en 3D et, entre autres pour cette raison, avait besoin d'un storyboard très précis. Collaborant ainsi avec le réalisateur, Stéphane Lemardelé documente chaque scène clé du film. Dans cette bande dessinée qu'il réalise quelques années plus tard en 2022, il écrit aussi beaucoup sur la vision du réalisateur allemand, qu'il admire manifestement (et moi aussi!).
De ces observations et réflexions résulte un ouvrage très riche et beau, qui, à travers la réalité d'un tournage de cinéma, nous apprend que chaque rayon de lumière influence la scène qu'un réalisateur a pensé. Pour réussir à nous émouvoir, nous, spectateurs dans nos fauteuils de cinéma, les artisans d'un film travaillent très fort au moindre détail.
Plus qu'un compte-rendu de tournage, Le storyboard de Wim Wenders est une réflexion approfondie sur le travail d'un réalisateur visionnaire et une lettre d'amour au cinéma et à la photographie.


Seul bémol, de nature éditoriale : les notes de bas de page encombrent le récit. Des notes en fin d'ouvrage auraient été plus appropriées, en admettant qu'une traduction aussi détaillée des expressions québécoises était absolument nécessaire...

Le site internet de Stéphane Lemardelé


Le storyboard de Wim Wenders, Stéphane Lemardelé, La boîte à bulles, 2022, 149 pages. 

15 septembre 2025

Pour une fraction de seconde

Le bédéiste Guy Delisle a publié cette année l'histoire d'Eadweard Muybridge, pionnier de la photographie et de l'animation, dont la vie a plus ou moins été oubliée. Il est celui qui a prouvé, par la photographie, qu'un cheval au galop ne touche pas le sol pendant une fraction de seconde.
On retrouve cette fameuse image sur la pochette du disque de Philip Glass, The Photographer, pièce de théâtre musical basée sur la vie d'Eadweard Muybridge.
Personnage hors du commun, Muybridge a fait de sa vie un vrai film de cinéma, défrayant la chronique pour l'assassinat de l'amant de sa femme, pour lequel il fut d'ailleurs acquitté. Au-delà de ce fait d'armes, Muybridge a eu mille vies, exerçant de nombreux métiers, toujours guidé par cette soif de découverte. Il a bénéficié de la fortune de son employeur, Stanford (le fondateur de l'Université du même nom), pour réaliser ses ambitions.
Guy Delisle a parsemé sa bd de véritables photos de Muybridge (toutes du domaine public), ce qui ajoute à l'aspect documentaire de cette œuvre, un peu comme l'avait fait Emmanuel Guibert avec les photos de Didier Lefèvre dans sa bd Le photographe, parue en 2003.

Guy Delisle reprend le fil chronologique de la création de l'image animée, en démontrant à la fois avec des explications très techniques et des considérations artistiques que Muybridge, 15 ans avant les Frères Lumière ou même Edison, savait comment projeter des images animées sur un écran fixe.
Guy Delisle répète souvent, depuis la parution de cet album, qu'il trouve difficile de dessiner des chevaux. Son sujet commande pourtant de savoir les détailler sous toutes leurs coutures... Et il le fait très bien ! Mais son travail va bien plus loin que ça, on sent au fil des pages sa fascination pour ce grand découvreur et aventurier que fut Eadweard Muybridge.

Pour aller plus loin : 
Critique BD : "Pour une fraction de seconde", la nouvelle BD de Guy Delisle sur les origines du cinéma

Pour une fraction de seconde : La vie mouvementée d'Eadweard Muybridge, Guy Delisle, Éditions Delcourt, 2025, 203 pages

10 septembre 2025

L'errance des racines : la vie au cœur d'une forêt

Dans cet essai organisé par saison, l'essayiste et conférencier Sébastien Ste-Croix Dubé partage ses réflexions sur la relation entre l'être humain et la forêt. Il démontre à quel point nous méconnaissons notre environnement. Mais ses constats et ses réflexions nous poussent à approfondir nos connaissances, à apprendre de façon intelligente à mieux intégrer nos vies au(x) territoire(s) et à la nature. Il explique brillamment et de façon positive, sans culpabilité, les impacts de l'homme sur la nature et de la nature sur l'humain.
En s'entretenant avec plusieurs personnes qui œuvrent dans le monde forestier (à son exploitation et à sa protection), il construit un récit qui touche à la fois à l'individuel et au collectif. En intégrant sa propre famille à ce récit, et notamment ses petites filles qui grandissent dans ce monde que l'on dit sans cesse en perdition, il ouvre un avenir des possibles, en symbiose avec cette forêt qui pourrait nous apprendre beaucoup. Une lecture qui fait du bien, toute en nuances, en petites touches, de ces phrases que l'on voudrait souligner ou inscrire dans notre cahier de méditation. Une écriture sensible, qui s'inscrit dans le genre nature writing, qui place la nature et le territoire au centre du récit.


Pour aller plus loin : 
Écrire les grands espaces, l’oeuvre au vert

L'errance des racines : la vie au cœur d'une forêt, Sébastien Ste-Croix-Dubé, Éditions Varia, Collection Prose de combat, 2024, 210 pages



16 juin 2025

Les mauvais jours finiront : Hommage aux indésirables

Prof de littérature au collégial, Samuel Mercier puise dans ses connaissances, ses intérêts et ses préoccupations pour nourrir ces chroniques, préalablement publiée dans son infolettre Des nouvelles du Père Duchesne (personnage type représentant le peuple). Publié chez Lux en 2024, son recueil Les mauvais jours finiront : hommage aux indésirables présente une vingtaine de textes réflexifs, parfois allégoriques. Pour l'auteur, « Seule l'histoire qui vient d'en bas est en mesure de créer du commun ». Chacun de ses textes part d'un élément de son quotidien ou de l'actualité : ses voyages de pêche dans le Nord, la boxe, les oiseaux (l'une de ses passions) pour ensuite les dérouter de manière habile et littéraire vers les dynamiques produites par ces éléments et les mettre en relation avec la société qui les produit. Il aborde ainsi des sujets brûlants tels que la culture de l'annulation, la pauvreté, la gestion de la crise de la COVID... Son expérience dans un CHSLD - il s'est engagé rapidement après l'appel du gouvernement à « Je contribue » - l'a bouleversé et a généré chez lui une grande réflexion sur notre société. Son objectif avec son essai est de revenir vers les communs : ce qui nous unit, ce qui nous lie, les espaces que l'on partage, mais aussi la culture commune (Samuel Mercier est un spécialiste de l'histoire culturelle).
L'auteur reste résolument optimiste et évite le cynisme. Son ton reste critique avec quelques pointes d'ironie à plusieurs reprises. Pour lui, « [q]u'on l'appelle Dieu, le Progrès ou la Providence, l'espoir est le seul véritable geste révolutionnaire quand tout autour est au cynisme et à la débandade. »
Un essai vivifiant, qui nous rend plus intelligent.

Les mauvais jours finiront : Hommage aux indésirables, Samuel Mercier, Lux éditeur, 2024, 197 pages.