31 octobre 2010

Une excellente moisson de BD

À l'instar de François qui nous parlait de La parenthèse ces derniers jours, j'ai moi aussi eu quelques bijoux de BD entre les mains ces dernières semaines.
Tout d'abord, la série Aya de Yopougon, dont je vous ai parlé il y a quelques mois (j'ai reçu le premier tome à mon anniversaire) et qui m'a de nouveau plongée dans l'ambiance africaine de ce quartier populaire d'Abidjan. Les cinq tomes ne sont pas tous égaux au niveau de la qualité du scénario, certains nous tenant plus en haleine que d'autres, mais possèdent tous ce trait et cette fraîcheur, par le langage, par la couleur, qui éveillent en nous toutes sortes d'émotions et nous dépaysent totalement.


Ensuite, une découverte avec l'album de Jeff Lemire, Essex County, véritable hymne à la culture canadienne et notamment à son sport emblématique, le hockey sur glace.
L'auteur nous raconte en plusieurs parties l'histoire d'une famille sur plusieurs générations. Le dernier membre de cette famille est le petit Lester, enfant dont la mère est décédée et qui est pris en charge par son oncle un peu maladroit, qui a du mal à établir un contact avec lui. D'autant plus que certains secrets de famille viennent ternir son attitude vis à vis de l'enfant.
Le livre mélange les époques et nous perd un peu au départ mais tout se recoupe rapidement. Essex County s'attarde sur les liens familiaux, plus particulièrement entre deux frères, unis par la même passion du hockey, et qu'une femme va séparer.
Lester va alors devenir celui par qui les liens vont se rattacher, celui qui, par la poésie et le dessin, va réconcilier quelques membres de sa famille et dévoiler cette filiation à laquelle on ne peut échapper.

Le blog de Jeff Lemire
Le site de Jeff Lemire
Une autre critique


Puis, un récit autobiographique touchant, Freddie et moi, de Mike Dawson.
L'auteur, britannique, se remémore sa jeunesse et notamment sa découverte du groupe Queen et de son emblématique chanteur Freddie Mercury.
Quand je pense à Queen, toute ma vie me revient...
Il devient complètement fanatique du groupe, connaissant toutes les chansons par cœur (et particulièrement Bohemian Rhapsody), alors que sa jeune sœur, elle, trippe sur Wham!...
De la première cassette de A Night at the Opera au concert auquel le jeune Michael ne pourra pas aller, du déménagement aux États-Unis à la mort de Freddie Mercury, son amour pour Queen ne faiblit pas.
Cela donne lieu à des épisodes cocasses, d'autres touchants, et on ne s'ennuie jamais dans ce récit initiatique musical aux nombreuses références pop.


Enfin, toujours dans le style autobiographique, voici Septembre en t'attendant, d'Alissa Torres, mise en images et en trois couleurs (noir, blanc et bleu/vert) de Sungyoon Choi du New York Times.

Le monde d'Alissa s'écroule en même temps que les tours du World Trade Center ce 11 septembre 2001 alors que son mari en est à son deuxième jour de travail dans le bureau de Cantor Fitzgerald.
Il ne reviendra pas à la maison ce soir là, ni les suivants. Le deuil est d'autant plus difficile qu'Alissa est sur le point d'accoucher de leur premier enfant.
Ce récit poignant d'un deuil suite à l'un des pires événements de notre siècle ne fait abstraction d'aucun détail.
De l'organisation des funérailles à travers le chaos qui a suivi l'événement, aux demandes d'aides financières souvent mal vues par la population américaine (la vague de solidarité suscitée par l'attentat s'est vite transformée en colère et en aigreur contre ceux qui ont bénéficié d'aides financières - et autres - de la part du gouvernement et d'organismes tels que la Croix Rouge), en passant par le problème de la nationalité du mari d'Alissa, d'origine colombienne et qui n'était pas encore naturalisé américain.
Le livre alterne entre le côté administratif de ces démarches lourdes et difficiles et le côté affectif lié à la mémoire d'Eddie, qui est la seule motivation de la jeune femme : garder la mémoire d'Eddie vivante pour leur fils, né un peu plus d'un mois après les attentats.
Alissa Torres a publié son livre plusieurs années après le 11 septembre 2001, malgré les sollicitations nombreuses des médias, pour qui elle constituait un exemple typiquement américain et un vrai drame vendeur. Elle a toujours résisté, afin d'avoir la liberté décrire la vraie réalité de l'après 11 septembre et la douleur souvent incomprise de ceux qui ont perdu l'un des leurs dans cet attentat.


Aya de Yopougon, Marguerite Abouet et Clément Oubrerie, Éditions Gallimard, Collection Bayou, 2005, 2006, 2007, 2008, 2009
Essex County, Ontario, Canada, de Jeff Lemire, éditions Futuropolis, 2010
Freddie et moi, une rhapsodie (bohémienne) sur le passage à l'âge adulte, Mike Dawson, Rakham, 2009
Septembre en t'attendant, Alissa Torres, mise en images de Sungyoon Choi, traduit de l'anglais (USA) par Fanny Soubiran, Éditions Casterman, collection Écritures, 2009

En écrivant ceci, j'écoute Flying Horseman, Wild Eyes (Conspiracy/Konkurrent, 2010)

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