30 août 2006

Mon expérience au cinéma


En ce moment au Québec se tourne un film américain, comme cela arrive souvent.
I'm not there est un film sur la vie du chanteur Bob Dylan.
Six personnages incarneront ses diverses personnalités. Richard Gere joue un Dylan assez âgé, un cow-boy vivant en retrait de la société, traitant ainsi des influences western dans la musique du chanteur. Ces scènes ont été tournées dans la région des Cantons-de-l'Est. Le film est doté d'un budget de 30 millions de dollars et est réalisé par Todd Haynes, un cinéaste indépendant. Ce dernier avait été mis en nomination en 2003 pour l'Oscar du meilleur scénario avec Far from Heaven (excellent film !). Christian Bale, Heath Ledger, Marcus Carl Franklin, Cate Blanchett et Ben Whishaw se partageront les autres personnalités de Bob Dylan.
Hier j'ai eu l'opportunité de faire de la figuration pour ce film. Les scènes tournées concernaient la période des années 60, 1966 plus exactement, année où Bob Dylan est passé du pur folk à une musique plus électrique. Ce tournant dans sa musique n'a pas été apprécié par tout le monde, c'est le moins qu'on puisse dire. D'après les fans du chanteur, cette année là, et un concert en particulier, à Londres, ont marqué à jamais la carrière de Bob Dylan.
C'est ce concert à Londres, au
Royal Albert Hall, que nous tournions hier dans les décors du théâtre Outremont de Montréal.
Pour ces années-là, l'actrice incarnant Bob Dylan est Cate Blanchett, absolument époustouflante. Car ce qui fait la particularité de ce film, c'est que Bob Dylan est représenté à la fois par des hommes et des femmes. Chaque facette de sa personnalité peut ainsi être plus approfondie.
Cate Blanchett devait donc «performer» devant un public fort mécontent (nous) de sa trahison (le passage du folk à l'électrique). Nous avons tourné la scène sous toutes ses coutures (il fallait que le théâtre ait l'air rempli, or nous n'étions que 150 figurants), toute la matinée avec la présence de l'actrice sur la scène devant nous. Et pour une présence, c'est une présence cette actrice... Très charismatique ! Elle s'est complètement approprié le personnage de Dylan, arrogant et sous l'influence de pas mal d'amphétamines (pas l'actrice, Bob Dylan !).
L'après-midi, nous avons poursuivi - sans Cate Blanchet - la même scène (au balcon, à gauche, à droite, filmé de la scène, filmé de côté...), et nous avons également tourné la toute première scène du film.
Une machinerie impressionnante, avec tous ces techniciens, ces assistants, tout ce matériel, ces écrans partout... Ce n'était pas ma première expérience de figuration, mais j'avoue que celle-ci avait un petit quelque chose de plus attirant encore, vu que ce film en devenir évoque une star de la musique, et le monde de la musique m'attirant plus qu'autre chose. Même si je ne suis pas une fan finie de Bob Dylan, j'avoue que je commence à comprendre l'importance qu'il a pu et peut encore avoir dans le paysage musical international.

il faut dire aussi que d'avoir la chance de participer à une entreprise cinématographique comme celle-ci (budget de 30 millions de dollars, réalisateur connu et respecté, acteurs vedettes) a quelque chose d'excitant. De plus, l'équipe du tournage était très sympathique, et j'ai aussi rencontré d'autres figurants gentils et intéressants, ce qui m'a changé de la fois précédente, où un jeune homme prétentieux m'avait tenu la jambe en me parlant de ses ambitions cinématographiques.

En conclusion, cette journée (de 15 heures tout de même) de travail m'a profondément donné envie de découvrir la vie de Bob Dylan, ainsi que de voir ce film, qui en est pour le moment à la moitié du tournage. Encore un mois au Québec, puis le montage, puis la post-production etc. Je ne sais quand le film sera sur les écrans, mais une chose est sûre, il a l'air très intéressant, riche et instructif, un peu tordu aussi (faut être tordu pour imaginer les différentes facettes d'une personnalité et les faire jouer par des hommes et des femmes distincts !), avec de bonnes performances d'acteurs.

I'm not there, de Todd Haynes, prochainement sur vos écrans...

Et en rédigeant ceci, j'écoute bien sûr Bob Dylan, l'album du «virage électrique»,
Highway 61 revisited
(CBS music products Inc., 1965)

Journal d'hirondelle



J'ai déjà reçu (merci Amazon !), et lu le dernier "enfant" d'Amélie Nothomb, Journal d'hirondelle, sorti en France le 22 août dernier, toujours aux Éditions Albin Michel.
Je vous en parlerai bien sûr d'ici quelques semaines !

18 août 2006

Retour aux origines

Fortune de France (tome 1), de Robert Merle, Éditions de Fallois, 1992 (édition originale parue en 1977), 445 pages.

Avant de vivre au Canada, avant de travailler dans mon domaine actuel, je me destinais (probablement) à une carrière de professeure d'histoire-géo, ou de chercheure, ou historienne. En tout cas, j'avais la passion de l'histoire, de tout ce qui avait façonné le monde pour en arriver où nous en sommes aujourd'hui. Je m'intéressais particulièrement à l'histoire dite «ancienne» (grecque et romaine) et à l'histoire moderne et contemporaine. L'histoire médiévale, quant à elle, m'attirait moins, tous ces rapports de force, de seigneur à vassal, toutes ces guerres, cette violence me rebutaient quelque peu. Il faut dire que mes professeurs d'université semblaient peu enthousiastes vis-à-vis de leur spécialité. Si j'avais eu Robert Merle comme professeur, c'est certain qu'aujourd'hui, je serai une prof d'histoire médiévale passionnée !
Robert Merle est né en Algérie en 1908. Il fait ses études secondaires et supérieures à Paris. Licencié en philosophie, agrégé d'anglais, docteur ès lettres, il a été professeur de lycée, puis professeur titulaire dans les facultés de lettre de Rennes, Toulouse, Caen, Rouen, Alger et Paris-Nanterre où il enseigna jusqu'à sa mort en 2004.
Dans cette véritable saga (Fortune de France) dont je n'ai pour le moment lu que le premier tome (sur un total de 13...), il se fait porte-parole de Pierre de Siorac, issu d'une famille protestante, et nous conte l'histoire de cette famille, tout au long de la seconde moitié du XVIème siècle. En ces temps troubles, la vie de la famille de Siorac ne sera pas de tout repos. L'opposition entre les catholiques et les protestants fait rage à ce moment là, pour atteindre un point culminant lors du massacre de la Saint-Barthélémy, en 1572. Le roi Henri IV, protestant, mettra un terme à ces guerres de religion en signant le 30 avril 1598 l'Édit de Nantes.

« Pierre de Siorac, le personnage qui dit "je" dans Fortune de France, naît en 1551, dans le Périgord méridional, d'un père huguenot. Sa maison s'élevait non loin de Sarlat, à la croisée de deux villages qui, au XVI ème siècle, s'orthographiaient Taniès et Marcuays. Autour de Pierre de Siorac s'organise un récit concentrique, dont le premier cercle est une famille, le second, une province, le troisième, un royaume, mais sans que les princes reçoivent ici plus d'attention que nécessaire pour comprendre l'heur ou le malheur de ceux qui, en leur lointaine sénéchaussée dépendaient de leurs décisions.» (Avant-propos par Robert Merle)
Évoquer sans passéisme le passé, dit Robert Merle, est pour moi une démarche de même nature qu'anticiper l'avenir : retrouver le présent en s'en évadant (double plaisir), exciter mon imagination par le dépaysement, user voluptueusement d'un langage nouveau, proposer enfin à ceux qui en ont cure quelques leçons oubliées.
La particularité de cet ouvrage est en effet que Robert Merle écrit en ancien français. Nous avons accès à un glossaire en fin de livre, qui nous aide à la compréhension de certains mots. Mais une chose m'a frappée, certains mots d'anciens français ressemblent vraiment à des mots québécois utilisés aujourd'hui !
Voici un extrait qui m'est particulièrement cher (p. 332) :
En effet, l'action se situe ici exactement dans la rue où j'ai vécu pendant 20 ans ! Au bout de cette rue, il y a une grande maison, entourée de hauts murs. À côté, une petite place, avec une croix, comme il se doit. Autour, quelques champs, d'autres maisons, de nouvelles constructions. Cette grande maison est celle où Étienne de La Boétie est mort, avec, à son chevet, Michel de Montaigne. Pas n'importe qui tout de même ! J'ai toujours été imprégné des ces noms (mon école primaire était l'école La Boétie), et voilà qu'un livre immortalise à jamais ces lieux de mon histoire à moi.
C'est de cela qu'est imprégnée cette grande saga de Robert Merle : une réalité historique certaine à travers le récit romanesque d'une famille et de personnages très attachants.
À mettre entre toutes les mains pour se réconcilier avec cette époque, qui marque la fin du Moyen-Âge, le début de la Renaissance et la transition vers l'époque moderne. On ne peut également s'empêcher de trouver des similitudes avec notre époque contemporaine, qui voit encore aujourd'hui tant de guerres et de colères liées aux différences, qu'elles soient religieuses, culturelles ou autres. Mais ceci n'est pas nouveau... Et le débat sur le rôle de l'Histoire aura lieu un autre jour... !
Ceci dit, j'ai hâte au tome 2 !
En écrivant ceci j'écoute cela : Patricia Barber ~ Verse (EMI ~ 2002)

08 août 2006

O.V.N.I.


La Flouve, le parfum de Balzac, de Lise Bissonnette, éditions Hurtubise, 128 pages.

«La flouve est le nom français de ce qu’on appelle au Québec le foin d’odeur. Une graminée poussant au hasard, sans prétention, folle au vent mais résistante.» Lise Bissonnette

Lise Bissonnette est Présidente directrice générale de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, nouvel établissement culturel national né de la fusion de la Grande bibliothèque du Québec, de la Bibliothèque nationale du Québec et des Archives nationales du Québec. Mme Bissonnette était auparavant, directrice et éditrice du quotidien Le Devoir. Elle a exercé cette fonction pendant huit ans. Auparavant, elle a été journaliste pour de nombreux médias : The Globe and Mail (Toronto), Le Soleil (Québec), L'Actualité (Montréal), etc.

Pendant une vingtaine d’années, elle a donné régulièrement des conférences sur la politique et la
culture québécoises à la demande de divers organismes, au Québec, au Canada, aux États-Unis et en Europe, et a été invitée comme analyste ponctuelle à diverses émissions d’affaires publiques, en radio et télévision.
Lise Bissonnette est l’auteur de deux recueils de chroniques culturelles et politiques, La passion du présent (1987), Toujours la passion du présent (1998) et de quatre ouvrages de fiction : Marie suivait l’été (1992), Choses crues (1995), Quittes et doubles, Scènes de réciprocité, recueil de nouvelles (1997) et Un lieu approprié, roman (2001), tous publiés chez Boréal. En 2001, elle a aussi publié un essai Des lettres et des saisons, dans la série Écrire proposée par les Éditions Trois-Pistoles.
Elle est, depuis mai 2004, membre de l’Académie des lettres du Québec.

O.V.N.I. sur ce blog et O.V.N.I. dans la littérature québécoise, comme le précise son auteure («inclassable»), La Flouve nous raconte l'histoire d'une maison, la maison que Lise Bissonnette a acquise avec son conjoint en 2001 sur les rives de la Rivière-des-Prairies.
Le livre est difficile à classer, car il appartient à plusieurs genres: essai et fiction, histoire et littérature. Il fait appel, selon Le Devoir, autant à la réalité qu'au monde de l'invention.
L’ouvrage est à ce point inclassable que l’auteure plaint le pauvre bibliothécaire qui aura à le cataloguer.
Voici l’histoire d’un lieu, La Flouve – du même nom que cette plante sauvage qui pousse encore dans son jardin – qui a survécu au temps et à la misère, comme l’herbe sous le pavé, indocile, chétive et même rebelle. Ce livre contient également une nouvelle inédite de l’auteure, d’une vingtaine de pages.
De maisonnette bleue, sur la boulevard Gouin, à Bordeaux (Le Bordeaux de Montréal...), elle devient un espace de vie tout à fait contemporain, rempli d'art et de livres.
Nous voyons l'élaboration de cette véritable "oeuvre d'art", des plans proposés par Pierre Thibault (allez voir dans les projets, vous trouverez quelques photos de La Flouve), à la construction (par l'entreprise Praxi) autour de la maison originale. Cette dernière est totalement intégrée à la construction finale.
À travers cela, nous suivons l'histoire de la maison bleue, la vie de ses habitants, basée sur des recherches historiques et généalogiques. Lise Bissonnette nous entraîne alors dans l'histoire d'un quartier, situé en bordure de la Rivière-des-Prairies, où une dizaine de familles vivaient au 19ème siècle à l'ombre du moulin du Gros-Sault.
À la fin, nous retrouvons une nouvelle assez originale : Balzac et Banville observent l'une des habitantes de cette maisonnette, la première qui a appris à signer de son nom. Les deux auteurs discutent du destin de cette femme, qui sent la flouve, le foin d'odeur.

Le livre est agrémenté de nombreuses photos, qui illustrent toutes les étapes de la construction de la maison. Le livre se distingue par son iconographie riche et soignée.

Cet ouvrage est très intéressant pour les mordus d'histoire (comme moi) et les architectes et artistes en herbe. Il pose aussi la question de savoir comment conserver le patrimoine d'un lieu tout en le faisant évoluer vers quelque chose de nouveau. En écrivant ce livre, Lise Bissonnette permet de garder une trace de cette maison bleue sur les bords de la Rivière-des-Prairies. Cette maison aurait probablement été rasée ou perdue, et avec elle une partie de l'histoire du Québec. Bien sûr, l'entreprise de Lise Bissonnette et de son conjoint n'aurait pas pu être réalisée par n'importe qui, car il a fallu des moyens importants et des rêves un peu fous pour mener à bien ce projet énorme.
Mais avec sa très belle plume, Lise Bissonnette arrive à nous faire partager sa passion pour ce lieu, qu'elle a agrémenté d'une salle d'écriture... et d'une bibliothèque, bien sûr.
Elle arrive ainsi à nous faire rêver...
« Lors de notre dernier salon, j’ai raconté mon emballement face au récent ouvrage de Lise Bissonnette, La Flouve (Hurtubise HMH). Une œuvre inclassable coiffée d’un titre bizarre, où l’histoire, l’architecture et la littérature font si bon ménage. J’y ai trouvé une manière inspirante de raconter la vie d’une maison que rien ne destinait à la postérité, le modeste écrin culturel où elle fut érigée, son prolongement dans le temps et l’espace, ces âmes qui l’ont habitée, celles plus récentes qui y ont cherché refuge. Je ne veux pas trop vous en dire, mais la recherche dans les archives est livrée avec une véritable intelligence et une plume magnifique.

Et pour moi, la joute oratoire - le dernier chapitre, assez risqué et bien réussi - entre Banville et Balzac, reste inoubliable. Les deux coqs littéraires s’étirent le cou des rayons de la bibliothèque du médecin et argumentent toute une nuit sur la nature du rapport entre le bon docteur et Célina, cette patiente qui sent la flouve, ce foin d’odeur, la presque lavande. Simplement pour la description de la tenue de Célina, ça mérite une lecture à voix haute !
»
Ariane Émond, site d'Alternatives
En écrivant ceci, j'écoute cela : The Girl with the Pearl Earring, Alexandre Desplat
Et bien sûr, toujours pour des raisons que j'ignore, je n'arrive pas à placer de photos dans ce billet... Je commence à penser sérieusement à changer de "fournisseur de blogs". Connaissez-vous une plate-forme bloggesque digne de ce nom ? J'aimerais avoir assez de connaissances informatiques pour utiliser DotClear mais tout ça est du charabia pour moi alors si vous avez des suggestions...
Bon, finalement, j'ai réussi, mais en combien de temps ? Et même pas comme je voulais en plus...

28 juillet 2006

Je est un autre


J comme Je (essais d'autobiographie), de Julie Doucet, éditions du Seuil.
Julie Doucet est certainement l'auteure québécoise de BD la plus connue du monde. Ses bandes dessinées sont publiées en anglais, en français, en allemand, en finlandais et en espagnol. De plus, ses planches originales ont été exposées dans plusieurs villes tant au Canada qu'aux États-Unis, en France et au Portugal. Née à Saint-Lambert le 31 décembre 1965, Julie Doucet étudie en arts plastiques au cégep du Vieux-Montréal au début des années 1980. C'est dans cet établissement, à la faveur d'un cours sur la bande dessinée, qu'elle commence à s'intéresser à cette forme d'art. Doucet obtient son diplôme d'études collégiales, puis s'inscrit à l'Université du Québec à Montréal où elle étudie les arts d'impression et les arts plastiques.
Pour lire la suite,
cliquez ici.
Pour une entrevue de Julie Doucet, cliquez ici.
(Je me foule pas trop ce soir... Hihi)

Franchement, j'avais quelques apriori sur Julie Doucet, enfin pas sur elle mais sur ses dessins. Non pas que je jugeais ce qu'elle faisait mauvais, mais cela ne me touchait pas (Dirty Plotte par exemple).
Voilà, c'est dit.
Mais là, ohlalalala !
Cet ouvrage, qui ne comporte d'ailleurs aucun dessin (sauf celui de la très belle, très colorée, et très grande couverture !), est à mi-chemin entre le récit autobiographique et le livre d'art. En effet, il est construit comme une lettre anonyme, avec des morceaux de journaux, des mots découpés, de différentes tailles, de différentes polices. Il y a un effort graphique qui apparaît comme logique venant d'une bédéiste, cela en fait un beau livre, de la couverture (papier très doux) à la dernière page, on le feuillette dans tous les sens et on l'admire.
L'histoire nous promène de la naissance de Julie à son adolescence :

«Je m'appelle J comme je,
j comme Jules César
je comme jupon
- Je suis née
Le dernier
jour de
1965.
Ah ! mais.
Ça n'a pas été sans regret ;
Je voulais pas.
Ils ont voulu me provoquer.
J'ai dû adopter la vie humaine
mais ç'a pris des pinces.»

Le ton est donné. Très drôle mais surtout très touchant, le récit de la vie de Julie Doucet prend toute son ampleur grâce au rythme, car ici - même si le propos peut parfois paraître minimaliste - chaque virgule a sa place et chaque césure est importante. On peut relire la même phrase plusieurs fois et lui trouver une signification, ou plutôt une profondeur, différentes. C'est de cela qu'il s'agit : sous le masque de l'humour, de la simplicité, Julie Doucet nous entraîne dans les méandres de son esprit, dans ses expériences de vie qui l'ont marquée et ont fait d'elle ce qu'elle est aujourd'hui. Le texte est d'une profondeur incroyable, certains passages m'ont laissée pantoise d'admiration tellement c'était beau, bien dit, profond, à double sens, ou tout ça à la fois !

Avec en plus le côté graphique de l'ouvrage, cela en a fait mon petit coup de coeur des dernières semaines, et je dois pour cela en remercier cette amie qui me l'a offert pour mon anniversaire.

En rédigeant ceci, j'écoute d'une oreille distraite un reportage à la télé sur le mouvement punk et sur les Sex Pistols :
The Filth and the Fury (j'crois que je vais aller me coucher !)

19 juin 2006

Cycles coréen et japonais



Découvertes japonaises :
Jirô Taniguchi, Terre de rêves, Casterman écritures, 2002
Jirô Taniguchi, Quartier lointain, tomes 1 et 2, Casterman écritures, 2003
Jirô Taniguchi, Le journal de mon père, Casterman écritures, 2004
Jirô Taniguchi et Utsumi, L'orme du Caucase, Casterman écritures, 2004



Découvertes coréennes :
Kim Dong Hwa, La bicyclette rouge (Tome 1 : Yahwari et tome 2 : Les Roses Trémières), Éditions Paquet pour la version française, 2006
Byun Byung Jun, Cours, Bong-Gu !, Éditions Kana, 2005

Les bandes dessinées japonaises sont des mangas, et les bandes dessinées coréennes des manhwas.

Jirô Taniguchi est né le 12 août 1947 à Tottori. Il débute dans la bande dessinée en 1970 avec Un été desséché. De 1976 à 1979, il publie, avec le scénariste Natsuo Sekikawa, Ville sans défense, Le Vent d'ouest est blanc et Lindo 3. Puis ils s'attaquent, toujours ensemble, aux cinq volumes que compte Au temps de Botchan (premier tome paru en français en 2002 au Seuil). À patir de 1991, Jirô Taniguchi signe seul ses albums : L'Homme qui marche, Le Chien Blanco et la trilogie du Journal de mon père (chez Casterman). Le premier volume de Quartier Lointain a remporté, lors du Festival d'Angoulême 2003, l'Alph'Art du meilleur scénario. Il a également reçu le prix Canal BD des librairies spécialisées. Depuis le mois de mai 2004, Le Sommet des dieux est édité, série en 5 tomes qui a obtenu le prix du meilleur dessin au festival de bande dessinée d'Angoulême (janvier 2005). Le tome 4 sort en mars chez Kana. Le tome 5 du Sommet des dieux est maintenant paru depuis mai 2005. On peut ajouter à son oeuvre parue en France : Le Gourmet solitaire (octobre 2005), Icare (avec Moebius, décembre 2005), L'homme de la toundra (février 2006).
(Source :
bédéthèque)
Kim Dong-hwa est né à Séoul en 1950. Il fait se débuts dans la bande dessinée en 1975 avec Mon firmament, récit qui sera suivi de nombreuses autres publications. Il est considéré en Corée comme l’un des plus brillants auteurs de sa génération. Le public français ne connaît pour l’heure de Kim Dong-hwa que La bicyclette rouge, paru en 2005 chez Paquet.
(Source :
Casterman)
Byun Byung Jun est dessinateur-scénariste. Il a fait ses débuts dans le manhwa en 1995. C’est l’un des jeunes espoirs de la bande dessinée coréenne, possédant à la fois passion et talent. Ses œuvres, courts récits débordants de lyrisme, pour lesquels il dessine les arrière-plans à partir de ses propres photos, lui ont déjà valu plusieurs prix.
Dans son remarquable manhwa, Princesse Anna, adapté d’une nouvelle de Bae Su-a, Byun Byung Jun allie harmonieusement un graphisme raffiné à une qualité d’intrigue plus souvent rencontrée dans un récit littéraire que dans une bande dessinée. Lors de ses études au Japon, Byun Byung Jun a reçu en 2001 le prix d’encouragement décerné par un grand éditeur japonais, Shôgakukan, pour récompenser les jeunes auteurs. Ce succès a contribué à favoriser la reconnaissance des auteurs coréens de bande dessinée dans le monde.
Byun Byung Jun a été couronné plusieurs fois :
- En 1995, prix d’excellence de la bande dessinée décerné par les éditions Doseo Chulpan Daewon.
- En 1997, prix d’encouragement de la meilleure caricature au Festival international de la bande dessinée de Dong-a LG.
- En 1998, prix des jeunes auteurs d’albums de manhwa.
- En 2000, grand prix de la Bande dessinée d’Aujourd’hui du Ministère coréen de la Culture et du Tourisme.
- En 2001, prix d’encouragement au concours des jeunes auteurs de bande dessinée, organisé par l’éditeur japonais, Shôgakukan.
- En 2003, il est invité au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême.
(source :
Made in)
Ces jolies bandes dessinées nous présentent des histoires très simples.
Que ce soit l'histoire de ce facteur à la bicyclette rouge qui, par son attention et sa gentillesse, rend les gens de son village heureux, ou les histoires de Jirô Taniguchi, empreinte d'une grande poésie propre aux cultures asiatiques (l'omniprésence de la nature, l'importance de la famille) ou bien l'histoire de ce petit garçon et de sa mère partis à la recherche de leur père/mari disparu.
Un agréable dépaysement qui m'a aussi fait verser quelques larmes, surtout dans les albums japonais de Jirô Taniguchi.
En écrivant ceci, j'écoute cela : Under Byen ~ Samme stof som stof (Telescopie, 2006) ~ un groupe danois que l'on m'a offert récemment !

17 juin 2006

Arthur H, ça fesse dans le dash ! *


En dépit d'un héritage artistique envahissant, Arthur Higelin dit H s'est vite affranchi de sa panoplie de "fils de". Picorant ses influences dans maintes directions musicales, son répertoire, comme ses spectacles, se singularisent par une certaine pratique de la poésie, du conte et de l'humour (source : RFI Musique). Pour lire la biographie (une parmi tant d'autres...) complète et très intéressante d'Arthur H, cliquez ici.

Donc ce soir, j'avais décidé de m'offrir pour mon anniversaire un tête à tête avec Arthur H, que j'ai tardivement découvert cette année avec son dernier album Adieu tristesse, qui tourne dans mon lecteur au moins une fois tous les deux jours.
Au Spectrum, salle comble, j'arrive un peu tard pour trouver une bonne place. Mais comme c'est mon anniversaire, une table m'est réservée derrière la table de son (la même place que mardi dernier pour Dominique A)... Pour dire vrai, c'est mon jour de chance, et la dite table, alors réservée pour la production, se trouve être de trop et se libère pour le modeste public, faisant le bonheur d'un sympathique couple et de moi-même... Je n'en reviens encore pas de la chance que j'ai eu ! Enfin, ça augurait vraiment bien pour le spectacle. Puis il y a eu la rencontre inattendue de la fameuse amie N. Bref, que du bonheur.
Puis, le début du concert, le début de l'enchantement, la venue de Lhasa de Sela pour deux chansons, la présence d'Albin de la Simone derrière les claviers pendant presque tout le spectacle, des musiciens exceptionnels, une belle complicité entre tout ce petit monde, la suite de l'enchantement, la chanson avec Ariane Moffatt, de retour au pays pour le plus grand bonheur de ses fans (...), la reprise jouissive d'Alabama Song, la voix formidable d'Arthur, sa présence sexy sur la scène, de très beaux éclairages, la fin du bonheur. Rideau.

En conclusion, je vais encore râler contre la qualité du son, la courte durée du spectacle, et m'extasier sur cette expérience culturelle qui m'a donné encore plus envie de connaître ce grand artiste...

Le site d'Arthur H :
http://www.arthurh.net/

Et qu'est-ce que j'écoute depuis que je suis rentrée chez moi ?? Arthur H bien sûr : Adieu tristesse.
* Clin d'oeil à mon amie N., rencontrée au concert (et que je n'avais pas vue depuis des lunes), et qui m'a appris cette expression 100% québécoise franglais, au tout début de ma vie au Québec...
(Pour les amis français, cette expression signifie littéralement : "Ça frappe dans le pare-brise !", donc en gros, ça veut dire : "Ça en jette !")

15 juin 2006

Albin de la Simone et Dominique A - Spectrum de Montréal le 13 juin 2006


Albin de la Simone
Albin de la Simone est un auteur, compositeur et interprète, multi-instrumentiste originaire de la Picardie. Il commence sa carrière en tant que pianiste. D'abord très axé sur le jazz, il collabore avec de nombreux artistes, tels que Matthieu Chedid (M), Raphaël, Salif Keïta, Alain Souchon, Bastien Lallemant, Mathieu Boogaerts, Alain Chamfort. Puis, il commence à écrire ses propres textes. Ceux-ci s'avèrent à son image : loufoques, décalés, mais finalement, terriblement en prise avec la réalité. Son premier album (éponyme - 2003) regorge de trouvailles, autant d'un point de vue musical qu'au niveau des textes.
Il sort un deuxième album en 2005, Je vais changer.
Le concert proposé ce mardi 13 juin était la première partie (de 45 minutes) de Dominique A. Hier soir mercredi 14, Albin de la Simone a aussi participé au spectacle organisé par Pierre Lapointe : Pierre Lapointe voit bleu (un petit quelque chose ici).
Donc, pour en revenir à la première partie de Dominique A (heureusement qu'il y en avait une), Albin de la Simone nous a offert quelques-unes de ses chansons (trop peu malheureusement), derrière son piano, en solo.
À la fin de son programme, Albin de la Simone a lancé : «Bon on sait que tout le monde est venu pour Dominique A, alors je vais faire vite, merci à ... à .... et à...». Mais non, en fin de compte, à la fin de ma soirée, je me suis dit que j'étais venue pour lui Albin de la Simone. En espérant qu'il revienne avec un groupe au complet l'année prochaine.
Dominique A
Dominique A, justement, parlons-en...
En solo lui aussi (décidément c'est la mode !), avec sa pédale enregistreuse d'instruments et de voix. Ça aussi, c'est un procédé utilisé par tout le monde en ce moment, seulement il y en a qui savent s'en servir utilement (Mara Tremblay par exemple, ou Camille bien sûr), et d'autres qui devraient s'en passer. Surtout quand les instruments sont limités à ... une guitare et une guitare ! Enregistrer des couches et des couches de guitares électriques les unes sur les autres, c'est assez assourdissant merci. Quand ça empêche même d'entendre les paroles des chansons de Dominique A, où est l'intérêt ? Quand, en plus, l'auteur-compositeur-interprète avoue composer des chansons très simples au niveau des accords car quand il y a trop d'accords, «c'est une gageure pour [lui]», alors on se pose des questions.
Dominique A est un artiste ultra respecté dans le milieu de la chanson française, il a collaboré avec beaucoup d'autres artistes (Yann Tiersen, Katerine, Françoiz Breut...), il est le chef de file d'une certaine chanson minimaliste des années 90, et compose une musique dépouillée et mélancolique et des textes qui ne perdent jamais de vue les réalités quotidiennes.
Cependant, dans sa performance scénique de mardi soir, tout m'a laissée perplexe : son chant, sa musique, son personnage. En plus, il n'a pas l'air très sympa le bonhomme... Grosse déception.
Une biographie très complète de Dominique A :
http://www.rfimusique.com/siteFr/biographie/biographie_9098.asp
Pour ces deux concerts, nous étions assises à côté d'Arthur H (c'est dingue je vais le voir en show samedi !!) qui a été rejoint plus tard par Lhasa... Ça méritait d'être souligné ! ;0)
En écrivant ceci, j'écoute cela : Thea Gilmore ~ Rules for jokers (Flying Sparks, 2002)

13 juin 2006

Mara Tremblay solo et Cali au Club Soda le 10 juin 2006


Pour commenter ce spectacle double, je vous offre les paroles de deux chansons, une de Mara et une de Cali, qui résument assez bien ce que j'ai ressenti durant le concert : beaucoup de générosité, de simplicité, de la part de Mara Tremblay, toute seule avec ses 7 instruments et son petit enregistreur lui permettant de superposer des instruments. Elle nous raconte des petites histoires, nous chante ses jolies chansons, sait se faire douce, et plus enragée aussi, rockeuse ou country girl, et nous éclaire d'une douce lueur...

- Douce lueur -

Dans les profondeurs, sous les douleurs
Dans les abîmes de l'homme s'illumine toujours le coeur
En plongeant au fond des sources d'émotions
Sous la pureté s'incline l'humaine noirceur que mène la peur
Dans l'ombre d'un chêne, je rêve
Que sans l'ombre d'un doute il règne
Dans les humains, sous tant de froideur, une douce lueur
Pris du mal en dedans, tous ces gens méchants
Dont la beauté n'existe plus vraiment
Au lieu de se détruire à mort, on pourrait croire très fort
En la volonté de vivre d'amour et de bien, de partage et de liens
Pour tous ces enfants, qu'on porte en dedans
Que la vérité se lève, que les masques se jettent, pour qu'on voie vraiment
Scintillantes splendeurs, vers les grandeurs de l'âme divine
La paix est possible de l'intérieur
Plus d'infos sur Mara Tremblay (et pour écouter sa musique) :
http://www.maratremblay.com/

Cali


Cali, de son côté, est arrivé en star, sous des éclairages violets, et nous a offert une prestation remarquable. Véritable bête de scène, mimant toutes ses paroles ou presque, il n'hésite pas à balancer de l'eau sur le public ou à faire mine de se jeter dans la foule... Ce qui n'arrivera pas cependant. Il nous a offert tour à tour ses chansons du premier album (L'amour parfait) et du deuxième (Menteur), toutes très bien écrites, et chantées avec cette voix si particulière, cet accent du sud de la France (qui ressemblait d'ailleurs un peu à l'accent de Mara Tremblay : aurait-on trouvé des origines communes aux gens du Roussillon et de la Côte-Nord ??) très charmant.
Cali est un provocateur, on a beaucoup parlé en France de sa prestation aux Victoires de la musique : «Pour l'instant, son succès est sur toutes les bouches. Provocateur, Cali sait faire parler de lui. Dernièrement, aux 21e Victoires de la Musique, l'artiste a été irrésistible et plutôt déjanté. Nominé pour son album Menteur dans la catégorie album pop/rock de l'année, Cali a chanté sur scène et s'est montré sous son grand jour. Il s'était badigeonné de rouge à lèvres et embrassait des mannequins sur scène avant qu'il ne se jette dans le public pour donner des baisers à qui voulait. En concert, Cali est tout aussi déluré et énergique. Une vraie bête de scène, et qui plus est, au potentiel énorme.» (http://www.ramdam.com/chro/1551.htm)
Voici les commentaires de Cali sur son passage à Montréal :
«Bonjour tout le monde,
Nous rentrons de Montréal où nous avons passé une chouette semaine pour assurer nos deux concerts au Club Soda, une petite salle du centre ville. Cette année, les Francos rendaient hommage à l’œuvre de Serge Gainsbourg. Nous avons repris L’Anamour avec Mara Tremblay, une jeune artiste québécoise qui assurait nos premières parties. J’ai pu aller me recueillir avec émotion devant la maison de Leonard Cohen. J’en ai profité pour acheter son dernier livre, Book of Longing, qui va me suivre un petit moment. Je vous conseille d’ailleurs sa biographie par Ira B. Nadel. La vie d’un homme qui a suivi son cœur toujours, une vie extraordinaire. Pour la première fois de ma vie, j’ai pu toucher une guitare douze cordes de gaucher, j’ai ramené en France une Simon & Patrick, un luthier québécois. Samedi, pour la première fois, j’ai dû me préparer en cinq minutes avant de monter sur scène, car j’ai eu le bonheur d’être invité à un concert de Radiohead dans une salle voisine. Je n’ai pas pu rester jusqu’au bout, mais c’était déjà énorme. J’ai pu rencontrer les bloggueurs Fripouille et Sabina (merci pour les cadeaux !).Un bisou à Sandra et Oliviero (merci pour les cadeaux !!), les gagnants d’un concours radio. J’étais ravi pour eux, d’autant plus qu’ils prenaient l’avion pour la première fois.»
Cali est vrai, c'est je crois ce qui ressort de ses prestations, même si celle-ci était la première pour moi. Il a d'ailleurs déjà dit que le jour où il ne se donnera plus de cette façon, il arrêterait de faire de la musique.

- L'amour parfait -
J'ai si peur de continuer le chemin seul
Le bonheur s'agrippe trop mal aux gens seuls
Et j'implore oui j'implore de voir surgir enfin l'amour
Ses lèvres rougies qui viendront bouffer mes lèvres
Je suis affamé assoiffé de l'amour le plus parfait
Ne pas partir non ne pas partir
Sans avoir connu l'amour parfait
Et j'attends oui j'attends que prenne le feu qui dévore le ventre
Il paraît
Que l'on rit que l'on danse que l'on pleure
Pour rien d'autre que le pur bonheur il paraît
Est-ce toi
Est-ce bien toi
Tes pieds n'ont pas eu peur de fouler les braises jusqu'à moi cette fois
Alors l'état de grâce ressemble donc à ça
Si le prix à payer est mourir étouffé de chagrin
On s'en fout
Ça vaut le coup d'oser s'aimer
Maintenant peut-être trop fort mais d'y croire jusqu'au bout.

(Bruno Caliciuri / Bruno Caliciuri)
Notes :
1) Je n'ai pas pu prendre de photos lors de ce spectacle. C'était interdit, et un gentil monsieur de la sécurité est venu m'avertir alors que je sortais mon appareil pour prendre Mara Tremblay et Cali chantant L'Anamour de Gainsbourg...
2) Le son était excellent pour ces deux spectacles, il est important de le souligner, surtout suite à l'article précédent... Vive le Club Soda !
En écrivant ceci, j'écoute : Mara Tremblay ~ Les nouvelles lunes (Disques Audiogram, 2005)

10 juin 2006

Camille, Yann Perreau ~ 9 juin 2006 au Métropolis

Camille



L'année dernière, suite au concert de Camille au Spectrum, lors de ces mêmes Francofolies, j'avais écrit sur le site du journal Voir (je n'avais pas encore ouvert ce lieu de partage culturel...) un texte, tout de suite en rentrant chez moi après le concert. J'avais été subjuguée par la performance de l'artiste. Aujourd'hui je suis flemmarde, je vous fais un copier-coller :

Délicieuse Camille
J'ai découvert Camille avec son album Le fil. Un fil qui prend sur ce disque la tonalité du si, et qui se déroule ou se tend tout au long de chansons durant lesquelles la voix de la chanteuse se tord, se distend, part dans tous les sens, nous émeut et nous fait rire. Je reviens ce soir du spectacle de Camille au Spectrum. L'album m'avait intriguée, étonnée, le concert m'a subjuguée. Camille est définitivement chez elle sur scène, et incarne une espèce de douce folie qui nous entraîne avec elle. Elle saute, tourbillonne, échantillonne sa voix, se joue de toutes les formalités. Une belle complicité avec ses (seulement) deux musiciens, multi-instrumentistes, puisque nous voyons défiler piano, basse, contrebasse, percussions, accordéon, et de nombreux jeux de bouche auxquels Camille participe allègrement. Alternant tantôt des chansons drôles (ou ironiques) comme Les ex pour laquelle camille a osé faire monter sur scène quatre hommes de la salle pour les faire danser pour son pianiste Matthew, qui se cherche apparemment un chum, ou touchante comme Pâle septembre, un clin d'oeil à Fiona Apple, personnellement ma chanson préférée du Fil. Avec beaucoup d'humour, de tendresse, d'humilité, Camille a su conquérir son public. La majorité des gens présents au Spectrum ce soir étaient là pour Dobacaracol. Ils n'ont eu d'yeux que pour Camille durant tout son spectacle. Un rappel final et une presque ovation ont confirmé ce sentiment que les personnes présentes ce soir et qui ne connaissaient pas Camille ont eu une belle surprise. Elle-même, très touchée, a souhaité que la France donne la chance à de nouveaux artistes québécois de se produire dans l'hexagone, tout comme les Francos lui ont offert le Spectrum... Je suis partie tout de suite après la prestation de Camille, voulant garder pour la fin de ma nuit cette impression aérienne d'avoir vu quelque chose de magnifique. Vous savez, quand un artiste vous touche à ce point que vous avez envie de lui dire, de lui parler, de le revoir...
Cette année, je n'ai presque rien à rajouter, parce que le spectacle était quasiment le même. Il n'y a pas eu d'effet de surprise donc, puisque j'avais eu toute une année pour découvrir plus encore la demoiselle, et que cette dernière a aussi eu toute une année pour faire amplement parler d'elle (et récolter aussi au passage divers prix et récompenses). Le plaisir des deux côtés de la scène était intact, cette fois on voyait qu'elle avait un vrai public ici, et elle a pris encore un peu plus ses aises pour pousser son personnage encore plus loin. Les deux musiciens, Martin Gamet et Matthew Ker, étaient les mêmes que l'an passé.
Quelques ajouts au niveau du décor (le voile blanc), mais sinon, toujours une petite projection en arrière, le fil qui passe en avant de la scène, et le si qui flotte en arrière-son.
Une petite adaptation de Janine, avec un Yann Perreau en camisole qui a chanté : «Pourquoi tu m'appelles Charest alors que je m'appelle charrue ?»...
Les ex ont été représentés cette année par deux hommes, Jean Coutu et Jean Coutu («Moi mon ex au Québec, c'est Jean Coutu !»), qui ont dansé pour Camille, essayant désespérement de se faire remarquer de la belle sans grand succès... Moment rigolo.
La seule différence importante (et décevante) a été la salle. Le Métropolis, décidément, est une salle où le son semble être difficile à régler...
Les basses saturaient, les paroles étaient inaudibles, la voix était souvent voilée par les autres instruments. Parfois il était difficile de distinguer les différentes couches instrumentales.
Le Métropolis est vraiment un très mauvais choix de salle pour ce genre de spectacles. Comme j'ai regretté le Spectrum de l'année dernière !
C'est pour moi un aspect important et qui me fâche s'il n'est pas satisfait.
Camille repartait le lendemain pour les États-Unis, où elle jouait, avec ses deux acolytes, à Los Angeles, entre autres.
Yann Perreau
J'avais vu Yann Perreau l'été dernier à un spectacle gratuit à l'Assomption. Malheureusement, il passait en dernier, tard, et il a fallu se farcir Dumas (pa-pa-pa-pa-pa pa-pa-pa !!!) juste avant (désolée pour les fans de Dumas, je ne venais pas pour lui). Bref, nous avions juste pu entrapercevoir la performance de Yann Perreau, qui a ce moment là, n'avait pas encore présenté son spectacle Nucléaire au Club Soda. Quelques mois plus tard, on pouvait lire dans les journaux que Yann Perreau était une «bête de scène», «charismatique», «intense».
Je pensais alors qu'il faudrait que je vérifie cela le plus vite possible, d'autant plus que je m'étais alors procuré son album, Nucléaire, et que je l'aimais beaucoup.
J'avais aussi pu voir Yann Perreau il y a deux ans avec la troupe de cirque contemporain Les 7 doigts de la main. Il y chantait et faisait déjà preuve d'un grand dynamisme et d'une grande ouverture d'esprit.
Mes amis québécois m'ont raconté un peu son histoire, depuis Doc et les chirurgiens, période durant laquelle Yann Perreau a parfois été comparé à Jim Morrison, et où les performances scéniques du jeune homme (18 ans) avaient déjà été remarquées. Puis le groupe s'est séparé, Yann Perreau a voyagé, est devenu un artiste multidisciplinaire (théâtre, marionnettes, chanson...) et pour la suite vous pouvez lire tout ça ici.
J'attendais donc sa prestation aux Francos cette année avec enthousiasme, et je n'ai pas été déçue. Il est impressionnant, parce qu'il bouge bien, parce qu'il chante bien, parce qu'il fait preuve à la fois d'humilité et de prétention (je dirais plus qu'il est très sûr de lui) dans sa façon d'être : humilité en se présentant, en ne faisant pas comme si tout le monde le connaissait, en remerciant beaucoup ; prétention ou grande assurance en étant très conscient de son succès, de son déhanché et de ses muscles...hihi.
Bref ce n'est pas dérangeant, on a eu droit à un spectacle plein de testostérone, hyper dynamique, qui s'est terminé sur des touches techno entraînantes (de la techno joué par de vrais instruments). On aurait dit que Yann Perreau allait fermer le Métropolis... Mais tout a une fin et c'est avec des images et des sons pleins la tête que je suis sortie de là avec mes amis, contente d'avoir vu ces deux jeunes artistes qui n'ont pas fini de faire parler d'eux.
Plus d'infos sur Yann Perreau :
http://www.yannperreau.com/

Bon, pour Yann Perreau, je n'ai pas beaucoup d'images car on s'était un peu éloigné, et sans flash, c'est un peu flou, beaucoup même ! On dirait l'homme sans visage...:-)


En ce moment, j'écoute : mon I-Pod (en ce moment Yo-Yo Ma), dans lequel se trouvent la majorité de mes CD, qui eux sont rangés dans des boîtes pour cause de déménagement...

05 juin 2006

Jamais deux sans trois... Ou quatre !

Blankets (manteau de neige) ~ Craig Thompson
Éditions Casterman Écritures, 2004 pour la traduction française, 582 pages
Un américain en balade ~ Craig Thompson
Éditions Casterman Écritures, 2005 pour la traqduction française, 222 pages
Aujourd'hui je vous présente un autre jeune auteur de B.D., né en 1975 (décidément ces années là ont été une belle cuvée !) dans le Michigan, Craig Thompson. J'en ai entendu parler sur le blog de Stella, où elle nous parlait ici de l'album Adieu Chunky Rice.
Ce n'est pas avec cette histoire de Chunky Rice que j'ai abordé le monde de Craig Thompson, mais avec Blankets, un pavé de 582 pages, ce qui m'a d'ailleurs attirée... (cf. ici)
L'auteur se met en scène (ça nous rappelle Pilules bleues...) dans cette histoire. On découvre son univers familial, son enfance, et surtout son premier amour, Raina.
Avec beaucoup de tendresse, un peu d'amertume, Craig Thompson se laisse aller dans l'évocation de cette jeunesse (de 10 à 18 ans environ) marquée par l'autorité paternelle, l'omniprésence de la religion, la découverte de l'amour.
J'ai adoré le graphisme et la poésie qui se dégagent de cet album (l'un et l'autre sont d'ailleurs liés). Le jeune héros est véritablement touchant, pris entre ses hésitations, les choix qu'il doit faire, les espoirs qui l'habitent. La description de l'Amérique campagnarde est très intéressante également.
À mettre entre toutes les mains, même si la longueur peut en rebuter certains. Je l'ai ouvert et n'ai pas pu le quitter avant de l'avoir terminé, encore une fois.
Un américain en balade, quant à elle, est une bédé mélange de genre : à la fois carnet de voyage, bande dessinée, récit initiatique...
« À l'occasion d'une tournée promotionnelle, Craig Thompson découvre l'Europe, très loin de son Amérique profonde. De Paris à Essaouira en passant par Barcelone, son crayon capture les paysages, et sa soif de connaître d'autres cultures se révèle au travers de ses rencontres, rapportées avec une sensibilité émouvante. Ses humeurs vagabondes et ses réflexions nous livrent sans tabou son enthousiasme comme son dégoût, au point que ce carnet de voyage devient un véritable récit où l'introspection et l'étonnement se rejoignent dans un même regard, toujours généreux et drôle ! » (couverture du livre)
En guise d'avertissement, l'auteur nous prévient que cet ouvrage « n'est pas le nouveau Craig Thompson » et il explique que c'est son éditeur qui a souhaité publier son carnet de voyage. Craig Thompson semble douter de l'intérêt de la chose. Moi-même, au début, je me suis méfiée de ce procédé. En même temps, férue de voyages et de découvertes, et adorant voir des croquis ou de beaux dessins, je me suis jetée sur cet album dès que j'eus dévoré Blankets.
Et j'ai vraiment accroché sur le style très mélancolique de la chose. L'auteur, en effet, est un peu déprimé tout au long de son voyage, il se réjouit de certaines choses mais se retrouve forcé d'en subir d'autres. Son voyage au Maroc, notamment, semble éprouvant. Il apporte une vision de ce pays que je ne connaissais pas. J'sais pas si ça me donne envie d'aller là-bas !
On découvre dans ce livre des dessins superbes des endroits visités par l'auteur, plus précis peut-être que des photos.
Il dessine aussi les gens, partagé entre ce désir de retranscrire ce qu'il voit, et certains interdits rencontrés au Maroc surtout (interdiction de dessiner les femmes, etc.).
Il se retrouve confronté à cette haine que vouent certaines personnes aux américains. Il se fait passer pour un canadien (!).
Enfin, c'est toute cette aventure, cet oeil étranger qui apporte toutes sortes de réflexions sur la vie, sur le voyage, sur l'amour, l'amitié, la nature. Quelle dextérité pour dessiner la nature ! Craig Thompson le répète plusieurs fois : il est « un gars de la nature » et un dessinateur de la nature également...
Je vous invite donc très fortement à suivre les aventures de Craig Thompson en Europe. Cet auteur de B.D. a beaucoup de talent et j'espère qu'un nouvel album sortira bientôt.
P.S. : je suis allée dans une autre bibliothèque aujourd'hui pour emprunter d'autres ouvrages de Frederik Peeters (voir les notes précédentes), qui n'étaient pas disponibles à ma bibliothèque de quartier : ainsi je vais commencer le cycle des Lupus (j'ai les tomes I et II), ainsi que Constellation...
En ce moment, j'écoute : Camille ~ Le fil, parce que je vais la voir en spectacle vendredi prochain, le 9 juin !
Note : Je ne suis pas capable de mettre d'images dans ce post. Je ne sais si c'est Blogger qui déraille ou s'il y a autre chose...

31 mai 2006

Pour poursuivre sur ma lancée bédéesque...

Une petite note ce soir pour évoquer ma lecture du jour. Durant ma longue pause de cette après-midi, j'ai eu le temps de lire une autre bande dessinée. Il s'agit de Pattes de velours, de Bertho (scénario) et Korkydü (dessins).
Une histoire toute simple et mignonne : Antoine est célibataire, encore amoureux de son ex (qui le mène en bateau), et à moitié dépressif. L'arrivée inopinée d'un chat, qui s'installe chez lui, va lui permettre de retrouver la propriétaire du mignon minou, de tomber amoureux d'elle, et de mettre en oeuvre, grâce au chat, des stratégies pour la revoir et la séduire.
Il n'y a rien d'extrêmement original dans cette histoire mais c'est très agréable à lire et les dessins jolis à regarder... Bref que du bonheur.

Et ce soir, avant d'aller me coucher, j'écoute : Beth Gibbons & Rustin Man ~ Out of Season (Barclay/Universal, 2002)

Pilules bleues ~ Frederik Peeters

Aujourd'hui, je vous amène vers des rivages inhabituels, j'ai nommé la bande dessinée !
J'ai toujours aimé la bande dessinée, et déjà quand j'étais plus jeune et en âge d'aller à la bibliothèque toute seule, j'empruntais toujours des tonnes de bandes dessinée, plus elles étaient épaisses, plus ça me plaisait, car ainsi ça me durait plus longtemps...
Sous l'influence de mon frère plus âgé, je me suis tournée assez rapidement vers la B.D. dite "pour adultes", ce qui n'a pas la même signification que pour les films...héhé ;-)
La B.D. pour adultes traitait de sujets de société, les personnages étaient plus fouillés, les aventures plus réalistes. Je me trouvais parfois avec entre les mains de véritables bijoux que je regardais pendant de longues minutes avant de les lire.
Le graphisme de certaines bandes dessinées me fascinait, je trouvais ça vraiment beau.
Cependant je n'ai jamais poussé ma quête beaucoup plus loin, me contentant d'en emprunter régulièrement à la bibliothèque et me délectant de certaines.
Depuis quelques semaines, je me suis remise à en emprunter à la bibliothèque. J'essaye parfois de trouver des titres conseillés par d'autres blogueurs passionnés de bande dessinée, comme Stella sur T'as pas un truc à lire ?, mais c'est parfois difficile car certains de ces livres ne sont pas encore sortis au Québec (je trouve parfois des titres plus anciens, comme cela a été le cas hier avec Craig Thompson, mais cela sera l'objet d'un autre article...).
Alors je me contente de parcourir les rayons, et d'en attraper une qui attire mon oeil, de la feuilleter et de la remettre à sa place ou de l'emporter avec moi...
La semaine dernière, je suis tombée sur ce livre, Pilules bleues, de Frederik Peeters, une magnifique couverture rouge pétant, une maison d'édition et une collection aux noms inspirants, Atrabile, collection Flegme.
Je l'ouvre, le feuillette : les dessins, noir et blanc, très beaux; beaucoup de dialogues. Le décor est planté. J'adore. Je le prends.
Comme c'est écrit sur la couverture, « Frederik Peeters est d'origine tulipe et gouda, et est né en 1974 (c'est la série des auteurs de 31 ans, après Olivier Adam !) à Genève. Il ne cesse depuis de se débattre, coincé quelque part entre la vie réelle et les histoires qu'il raconte :
Fromage confiture, Atrabile
Brendon Bellard, Atrabile
Les miettes (avec Ibn Al Rabin), Drozophile
Constellation, L'Association
Lupus - 2 volumes parus, Atrabile
Koma (avec Pierre Wazem) - 2 tomes parus, Les Humanoïdes Associés
Onomatopées, Cadrat Éditions »
Pilules bleues parle d'une rencontre amoureuse entre Frederik et Cati, qui a un petit garçon. Mais seulement, les choses ne sont pas aussi simples...
Très simplement, l'auteur rend le lecteur témoin de cette rencontre et de son évolution, face à la maladie. Les détails ne sont pas évités, mais jamais nous ne nous sentons mal à l'aise dans cette histoire.
Voici une très bonne critique (que j'aurais quasiment pu écrire, tant je suis d'accord avec !) que j'ai trouvée ici : «A travers une histoire simple et des thèmes universels (l'amour, la mort) et avec un brio qui nous laisse encore pantois, Peeters nous envoie une bonne claque à travers le nez tout en nous remplissant le coeur de sentiments généreux. Il nous parle de sa rencontre et de son histoire avec son amie, de ce maudit virus qui va bouleverser la donne, et de toutes les émotions les plus contradictoires qu'il va devoir apprendre à gérer: compassion, pitié, ou amour pur et inaltérable ? Plus frais et positif que noir et fataliste, ''Pilules Bleues'' nous invite, sans sensationnalisme, à regarder sous un angle jamais abordé le quotidien de la maladie, tout en nous balançant quelques vérités surprenantes et bien senties sur le sujet. Malgré la gravité du thème, ''Pilules Bleues'' se présente comme une oeuvre remplie de fraîcheur et d'humour qui ne devrait laisser personne de marbre.»
Pilules bleues se présente comme un retour aux choses essentielles, à un amour pur et sans conditions, une ouverture à l'autre qui nous fait parfois défaut. Les passages chez le médecin, et particulièrement les pages 100 à 139, sont extraordinaires et très touchants, tout en étant très drôles.
Je conseille vivement...
En écrivant ceci, j'écoute cela : Jorane ~ 16mm (Tacca musique, 2000)

30 mai 2006

Falaises ~ Olivier Adam

Editions de l'Olivier, 2005, 206 pages.

Biographie de l'auteur :
Olivier Adam est né en 1974. Il a grandi dans la région parisienne. Il a déjà publié quatre romans, avant Falaises :
Je vais bien, ne t'en fais pas (La Dilletante)
A l'Ouest (Éditions de l'Olivier)
Poids léger (Éditions de l'Olivier)
Passer l'hiver (Éditions de l'Olivier)
Il écrit également pour la jeunesse (École des Loisirs).

Poids léger a été adapté au cinéma, par Jean-Pierre Améris, en 2004.
Au Québec, Falaises était en lice pour le prix des libraires 2006 (voir ici), dans la catégorie roman hors Québec. Il n'a pas gagné.
Extraits :
«J'ai trente et un ans et ma vie commence. Je n'ai pas d'enfance et, désormais, n'importe laquelle me conviendra. Ma mère est morte et tous les miens s'en sont allés. La vie m'a fait une table rase où Claire et moi nous nous asseyons, où Chloé s'est invitée, un sourire très doux au coin des lèvres.» (page 14)

«On ne sait jamais rien de ce qui se noue entre les êtres, eux-mêmes souvent l'ignorent, et le découvrent en se perdant» (page 73)

«Je marche sur les pas de ma mère, je vais vers sa mort, plusieurs fois je tombe et mes genoux sont couverts de terre meuble, dans la paume de mes mains s'infiltre la boue, crissent des cailloux. Bientôt j'atteins le sommet des falaises, elles s'échancrent et se brisent sur des kilomètres. Je ne vois rien et le vent me colle en arrière, me saoule et me brûle les yeux. Je m'avance jusqu'au bord extrême, je pourrais fermer les yeux et tenter de deviner où s'arrête la terre, faire ce pas de plus qui me clouerait au sable, démembré, déchiqueté, fracassé des dizaines de mètres en contrebas.» (page 128)

«J'ai trente et un ans et rester en vie a longtemps été pour moi une activité à plein temps, un programmes, un horizon. Garder un semblant d'équilibre. Ne pas tomber en miettes ni fondre en larmes. Ne pas m'enfoncer, me laisser entraîner par ceux qui sont loin désormais, à qui j'étais lié et dont le poids me leste.
J'ai trente et un an et peu importe. Je sais le poids des morts. Et je sais le mauvais sort. Je sais la perte et le saccage, le goût du sang, les années perdues et celles qui coulent entre les doigts. Je connais la profondeur des sables, j'en ai éprouvé la résistance, la matière meuble, équivoque. Je sais que rien n'est fiable, que tout se défait, se fissure et se brise, que tout fane et que tout meurt. La vie abîme les vivants et personne, jamais, ne recolle les morceaux, ni ne les ramasse.» (page 204)

J'ai débuté ce livre hier soir, pour ne plus le lâcher que terminé, à 2h du matin.
C'est drôle car l'histoire se déroule en l'espace d'une nuit, durant laquelle le narrateur se remémore la mort de sa mère, quand il avait 11 ans, 20 ans jour pour jour auparavant. J'avais peut-être l'impression d'être avec lui, de parler avec lui, de l'écouter raconter des bribes de souvenirs. Ce qui est certain, c'est que je ne voulais pas le quitter. Je ne voulais pas refermer son histoire à peine commencée... Je l'ai donc lu jusqu'au bout.
Par certains aspects, ce livre m'a rappelé un peu le film Tarnation, autoportrait bouleversant de Jonathan Caouette (si vous ne l'avez pas vu, courrez-y !), 31 ans, qui dès l'âge de 11 ans (les similitudes entre les âges sont même troublantes !), décide de filmer la chronique chaotique de son enfance dans une famille texane. Il nous entraîne dans un tourbillon psychédélique à partir d'instantanés, de films d'amateur Super-8, de messages enregistrés sur répondeur, de journaux intimes vidéo, de ses premiers courts métrages et de bribes de la culture pop des années 80, accompagnés de scènes reconstituées, pour tracer le portrait d'une famille américaine éclatée par de multiples crises mais réunie par la force de l'amour.
Mais Falaises est un livre, et à la différence de Jonathan Caouette, le narrateur ne possède pas de souvenirs, ce qui rend l'exercice plus difficile et périlleux pour l'auteur.
Mais l'objectif est atteint, et pour ne pas l'avoir lâcher pendant deux ou trois heures (sur la fin je lisais moins vite ;-), je peux dire que j'ai été submergée par l'écriture mélancolique d'Olivier Adam, son style particulier, et par cette histoire tragique.
Rien ne nous indique que ce roman est autobiographique, mais les émotions sont senties et fortes, j'ai même trouvé dans des commentaires appartenant au blogue Voyage au bout de la lettre le témoignage suivant :
«J'avais l'impression que [le livre] "parlait" dans ma tête. Qu'il avait mis des mots sur mon chagrin et retranscrit point par point, pleur après pleur, culpabilité après culpabilité, ce que peut ressentir un enfant lorsqu'il perd sa mère dans de telles circonstances. Peut être qu'un jour je finirai "falaises"... alors, peut-être, je serai guérie.»
Petit bout par petit bout, le narrateur nous parle de la mort violente de sa mère, de la relation plus que difficile (impossible ?) avec le père, de ce magnifique lien entre le narrateur et son frère, Antoine : «Mon frère et moi, nous ne nous étions jamais parlé. Nous n'avions jamais eu de conversation. Nous n'avions rien à nous raconter, rien à nous prouver, nous nous aimions d'un amour infini, c'est tout(page 112)
Quand il évoque sa femme et sa fille, tout devient lumineux. «Aujourd'hui, plus rien ne me touche. Plus rien sinon Claire et Chloé. Et cette nuit, je ne parlerai pas d'elles. Non. Ou du moins pas vraiment. Non, je ne dirai rien d'elles, par superstition peut-être, oui, sûrement, pour les arracher l'une et l'autre au mauvais sort, à la malédiction. Je parlerai d'elles un autre jour, une autre nuit, et alors je dirai le rire de ma fille et ses cheveux contre ma joue, et je dirai le regard mélancolique de Claire et ma tête enfouie entre ses seins, ses mots simples et justes qui me font marcher debout, la tendresse qui nous tient, la consolation de vivre dans ses parages.» (page 173)
Ces rares passages amènent un baume à travers la violence du récit : la mort, l'incompréhension, les pulsions destructrices (drogues, alcool), la fuite (par le suicide, par le voyage). Et ce sont ces rares passages qui vont l'emporter, laissant le narrateur (et le lecteur) avec le goût amer de ses souvenirs dans la bouche, mais l'envie irrépressible d'être là, pour sa femme, pour sa fille, et un peu pour lui aussi.
En rédigeant ceci, j'écoute cela : Rufus Wainwright ~ Want two (Universal - 2004)

23 mai 2006

Marie-Jo Thério ~ Cabaret Music-Hall le 12 mai 2006

Marie-Jo Thério est née à Moncton, au Nouveau-Brunswick, et a grandi auprès d'une mère chanteuse et de trois frères musiciens. À 10 ans, elle entreprend des cours de piano, et commence à écrire, peu après, ses premières chansons. À l'âge de 17 ans, elle part à Montréal pour étudier la littérature et se retrouve dans les cafés et petites salles de spectacles de Montréal, derrière son piano. Après un court passage sur les plateaux de télévision, elle décide de se consacrer à la musique.
En 1995, paraît son premier album Comme de la musique. Quatre ans plus tard, elle sort La Maline et monte le spectacle Arbre à fruits, arbre à fruits. Acadienne dans l’âme, mais également amoureuse des voyages et de la découverte, Marie-Jo Thério habite, depuis l’hiver 2004, en France. Première artiste canadienne à avoir signé un contrat avec la maison de disques Naïve, elle lançait récemment là-bas son troisième album, Les matins habitables, qu’elle a coréalisé avec son complice Oliver Bloch-Lainé. Enregistré chez elle, ce disque regroupe de nouveaux titres et quelques chansons déjà parues sur des albums précédents.

J'étais curieuse de découvrir cette acadienne dont tout le monde parlait. D'ailleurs, c'est en la voyant dans l'émission Tout le monde en parle qu'instantanément je me suis décidée à acheter deux places pour son spectacle. Elle avait un petit quelque chose de juste assez touchant et d'un peu fou, et d'absolument charmant, enfin bref j'étais sous le charme sans la connaître quoi... En voyant en plus un extrait de concert, où l'on pouvait ressentir l'émotion et l'intensité de l'artiste, même à travers l'écran de télévision, je me suis dit qu'il ne fallait pas que je loupe une expérience scénique comme celle-ci...
Malheureusement, les spectacles dont on nous parlait dans l'émission étaient déjà tous complets. Mais la chanteuse (ou son producteur ? :-) a eu l'heureuse initiative d'offrir une semaine entière de supplémentaires à Montréal (toutes complètes elles-aussi en quelques jours), au mois de mai, dans la petite salle du Cabaret Music-Hall.
Malheureusement (bis), cette salle, si elle permet une certaine intimité et force la communication entre l'artiste et son public, n'est pas des plus confortables et des mieux agencées pour assister à un spectacle. Par exemple, le balcon, où nous étions, ne permet pas d'être face à la scène, ce qui est embêtant pour voir ce qu'il se passe, vous en conviendrez. Alors on se retrouve à se tordre le cou pour y voir quelque chose...
Passés ces inconvénients un peu décourageants, le spectacle en lui-même n'a pas été décevant. Tout ou presque a été dit sur cette tournée. Marie-Jo Thério a été acclamée ici (Québec) et ici (Sherbrooke) et aussi ici (Montréal)... Et aussi dans le journal Le Devoir, mais l'article est verrouillé...
La musicienne-chanteuse nous a fait entrer dans l'univers de son dernier album, Les matins habitables, en nous racontant des histoires inspirées par chacune de ses chansons.
Ainsi nous suivons son héroïne, qui s'installe au Café Robinson, à Moncton.
Marie-Jo Thério est à la fois poète, chanteuse et humoriste, et ne se gêne pas pour faire participer le public à son grand feu de joie (Cozy Fire), celui-ci (le public) le lui rendant bien.
Les musiciens (Bernard Falaise à la guitare, Fred Boudreault à la basse et contrebasse, Michel F. Coté à la batterie et aux percussions) ont été excellents et complices, juste ce qu'il faut.
Ainsi on a partagé pendant presque deux heures un moment déjanté avec cette artiste exubérante (mais elle n'a pas l'air comme ça, elle semblerait même presque timide !), qui parle beaucoup, et peut-être un peu trop. À un moment, on se demandait si la chanson allait partir ou pas... Mais c'était ça aussi, ce spectacle : un peu d'improvisation (contrôlée) avec beaucoup d'humour. Quand Marie-Jo se met à parler en chiak, elle devient complètement craquante et hilarante ! (Le chiak est un vernaculaire parlé en Acadie (province canadienne du Nouveau Brunswick) qui développe des structures originales à partir d'une hybridation avancée du français et de l'anglais. Il est généralement incompréhensible pour un francophone comme pour un anglophone. Source : Paul Laurendeau, La langue québécoise: un vernaculaire du français, Itinéraires et contacts de cultures, vol. 6, Paris - Québec, L'Harmattan, pp 91-106)
En conclusion, un spectacle et une artiste comme on les aime, le pack tout inclus en fait : voix, sensibilité, communication, générosité. Touchée...

Marie-Jo Thério poursuit sa tournée à travers le Québec jusqu'en novembre, avec quelques pauses françaises en juillet.
En rédigeant ceci, j'écoute cela : Nick Cave ~ The Boatman's Call (Mute - 1997)