28 septembre 2007

Quand la nuit tombe... à Tokyo


Le passage de la nuit, Haruki Murakami, Éditions Belfond, 2007, 230 pages.

Amélie Nothomb, dans les entrevues qu'elle fait en ce moment pour son dernier livre (Ni d'Ève ni d'Adam, je le rappelle), parle sans cesse de Haruki Murakami. C'est ce qui m'a donné envie de lire son dernier roman, publié cette année, après Chroniques de l'oiseau à ressort (2001), Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil (2002), Les amants du Spoutnik (2003) et enfin Kafka sur le rivage (2006).

Le passage de la nuit nous emmène à Tokyo, le temps d'une nuit, auprès de Mari. Elle a une soeur, qui, elle, pendant ce temps, dort profondément dans sa chambre. Cette nuit, à la fois réelle et onirique, va rapprocher ces deux soeurs, à travers des rencontres et des événements insolites.
Décrire plus longuement ce livre serait trop en dire. Il faut se laisser porter par la poésie de l'écriture de Murakami, se laisser entraîner dans cette immense ville, dans ses love hotels et ses combinis, aller à la rencontre de ses personnages tous très attachants, Takahashi et Mari en tête.
Les dialogues sont absolument savoureux, les personnages apprennent à se connaître, se racontent des tranches de vie, philosophent ensemble. Et j'ai embarqué avec eux !
J'ai découvert un nouvel auteur aussi, et je me promets de louer d'autres livres qu'il a écrit. Une révélation ? Peut-être bien...

Un extrait :

«J'imagine, bien entendu, qu'Éri aussi avait très peur. Je pense qu'elle était terrorisée, tout autant que moi. Sans doute avait-elle envie de pleurer, de hurler. Il faut dire qu'elle n'était qu'en deuxième année de primaire. Mais elle a gardé son sang-froid. À ce moment précis, elle a probablement décidé qu'elle serait forte. Elle était mon aînée, et elle avait décidé qu'elle devait être forte pour que je me sente en sécurité. Durant tout ce temps, elle m'a chuchoté à l'oreille : "Ça va. N'aie pas peur. Quelqu'un va venir très vite nous délivrer. Je suis là, avec toi." C'était une voix très posée, très calme. Comme celle d'une grande personne. Elle m'a chanté une chanson, je ne me rappelle pas exactement laquelle. Je voulais chanter avec elle, mais je n'y arrivais pas. J'avais peur, et ma voix ne sortait pas. Mais Éri, toute seule, a chanté pour moi. Pendant ces moments, moi toute entière, dans ses bras, j'ai pu me confier à elle. Nous avons réussi à être "une", sans aucun interstice, dans ce noir. Nous avons même pu partager les battements de nos coeurs. Puis, soudain, la lumière est revenue, l'ascenseur a eu une secousse, et il s'est remis en marche.» (p.218)

En écrivant ceci, j'écoute cela : The Breeders, Last Splash (Elektra / Wea, 1993). Que de bons souvenirs ! J'ai eu envie de me remettre aux Pixies et aux Breeders en regardant l'autre soir sur Documentary un doc sur la reformation des Pixies en 2004...

06 septembre 2007

Rufus Wainwright

Concert de Rufus Wainwright, salle Wilfried-Pelletier, Place des Arts, 31 août 2007
En première partie, le groupe californien A Fine Frenzy a reçu d'élogieux commentaires dans La Presse, par Alain De Repentigny : «Parlant de beauté, la demi-heure de musique que nous a servie en lever de rideau le trio californien A Fine Frenzy était un pur enchantement. Alison Sudol, une chanteuse et pianiste aux cheveux de feu, a séduit comme ça se fait rarement le public de Wilfrid-Pelletier, qui s'est arraché son CD pendant l'entracte. Retenez bien son nom.» Personnellement, je n'ai pas aimé la voix de la chanteuse (sauf dans les tons les plus bas), qui m'écorniflait les oreilles en poussant dans les aigus. Par contre j'ai bien aimé le jeu du batteur, très drôle avec ses mimiques et sa faculté à se dédoubler pour jouer à la fois de la batterie avec sa main droite et du xylophone avec la gauche... Les sourires de la chanteuse étaient fort charmants aussi, car elle semblait vraiment heureuse d'être là («Montreal is gorgeous!», bon faut pas exagérer quand même...).


Le groupe de Rufus Wainwright entre en scène, tous les musiciens de rayures vêtus, à l'image de ce drapeau américain suspendu en arrière de la scène et redécoré pour l'occasion (à la place des étoiles, des petites appliques en paillettes). Le concert commence avec la chanson titre de l'album, Release the stars (libérer les étoiles, justement), durant laquelle, dixit mon accompagnatrice, Rufus semble se battre avec son orchestre. Il faut dire que c'est de l'artillerie lourde, cet orchestre, un batteur, un bassiste (contrebassiste aussi), deux guitaristes (dont un qui joue le rôle de synthé), trois "musiciens à vent" (un trompetiste, un saxophoniste / flûtiste, et un joueur de cor), et le grand piano à queue utilisé à la fois par Rufus et par l'un des deux guitaristes.
Le chanteur enchaîne avec Going to a town - incroyable mélodie, incroyable chanson -
avant de commencer à nous parler pour nous expliquer que sa soeur Martha se marie le lendemain et viendra peut-être chanter avec lui, si elle n'est pas trop "sourd". Charmant. Il rectifie pour "saoûle" et nous confirme qu'il a bien compris son erreur en insistant «Sourd, c'est muet ?» en joignant le geste à la parole il désigne son oreille...
Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il avait un peu de difficulté avec son français, il semblait fatigué, bafouillait beaucoup (même en anglais). Comme il nous avait précisé en début de spectacle : «Ce soir, je vous donne tout», je n'ose pas imaginer dans quel état il était à la fin de la soirée...
Car il nous a en effet beaucoup donné : beaucoup d'émotion surtout, comme dans cette chanson, Tiergarten, où un flot de larmes s'est déversé sur son visage. Le chanteur a bien précisé ensuite que le titre de la chanson n'était pas "Tear garden" (larme) mais bien Tier (qui signifie "animal" en allemand)... Également, dans ces chansons chantées avec sa soeur, qui est finalement arrivée de son party (pas saoûle), resplendissante. Une chanson de Joséphine Baker d'abord, Nuits de Miami, et ensuite la reprise d'Hallelujah de Léonard Cohen, pour mon plus grand plaisir, même s'ils ne se rappelaient plus les paroles du deuxième couplet, c'était beau de les voir si proches. L'ensemble de l'album Release the stars a défilé dans ce concert, qui ressemblait, selon les spécialistes, à son concert du mois de mai (cleui-ci était une supplémentaire, ne l'oublions pas). Le chanteur nous a également donné une chanson irlandaise de John McCormack, sans micro... Oui sans micro dans une salle de plus de 3 000 places ! Vieux rêve pour le chanteur, parfaitement accompli comme la salve d'applaudissements à la fin de la chanson l'a pouvé. Les frissons que ce genre d'ovation me fait ressentir, c'est incroyable. J'en ai toujours les larmes aux yeux.

Il a chanté aussi deux chansons de Judy Garland, puisqu'il a repris dernièrement intégralement le concert de légende que donna Judy Garland, au Carnegie Hall, le 23 avril 1961. «Pour retrouver cet âge d’or, et aussi parce que ce chanteur n’a jamais caché son homosexualité, Rufus Wainwright a entrepris le projet fou de reprendre, titre par titre, l’intégralité du concert de 1961. Rufus Wainwright conçoit ce spectacle mis en scène les 14 et 15 juin dernier par Sam Mendès (American Beauty, mise en scène également du spectacle Cabaret à Broadway) au Carnegie Hall de New York, avec 40 musiciens sur scène, et des costumes de Victor and Rolf. Il se veut d’une fidélité extrême à Judy Garland. Jusque dans le visuel de l’affiche, qu’il reprend également, en remplaçant évidemment le visage de la chanteuse par le sien, mais en gardant la mention initiale : «the greatest entertainer of all times», qu’il a traduit sur la version française par «le plus grand artiste de variété du monde». Rien de moins.» (RFI actualité, 20 février 2007)

Oui rien de moins... Il le répète souvent, qu'il est le meilleur, Rufus. Cette assurance peut être choquante (tiens ça me rappelle Pierre Lapointe)... Mais maudit que c'est vrai qu'il est bon, et beau en plus, et sexy, et doué, et généreux, et... et... et... Ouhlala, on se calme un peu. Bref, du grand art, encore une fois.

03 septembre 2007

Parlons enfin de Kevin...

Il faut qu'on parle de Kevin, de Lionel Shriver, Éditions Belfond, 2006, 486 pages (traduit de l'américain par Françoise Cartano).

Ainsi, j'ai pris tout ce temps pour revenir ici vous parler de Kevin. C'est que Kevin a hanté mes nuits, m'a bousculée chaque jour, m'a forcée à réfléchir à des sujets difficiles, dramatiques. Tout a commencé lors d'un souper avec des amies. Nous cherchions le nom «de ce roman "politically incorrect" - paraît-il - sur le non-amour d'une mère pour son fils. Ça s'appelle... quelque chose avec Victor... "Ne parlons pas de Victor" ? "Il s'appelait Victor" ? ».

Puis mon anniversaire est arrivé et Kevin a supplanté Victor, le livre tant recherché m'a été offert par cette amie qui en avait parlé la première.

K.K., Kevin Katchadourian, fils d'Eva et Franklin, couple amoureux, qui réfléchit long
uement avant d'avoir un premier enfant. Kevin, qui aurait aussi bien pu s'appeler Eric (Harris) ou Dylan (Klebold), ou plus proche de nous, Kimveer, commet la veille de ses 16 ans une tuerie dans son école, assassinant froidement 7 de ses camarades, un employé de la cafétéria et un professeur, dans une mise en scène minutieusement préparée et calculée. Eva, sa mère, relate dans les lettres magnifiquement écrites qui composent le roman - lettres adressées au père de Kevin dont elle est séparée - toute la montée de cette tragédie. Pourquoi Kevin semble-t-il aussi machiavélique et redoutable ? D'où vient ce mal qu'il porte en lui ?

On assiste à une remise en question profonde d'Eva, qui rend visite à son fils en prison tous les 15 jours.
On est témoin de sa déchéance, professionnelle, personnelle, sociale, familiale. Avec elle, on se pose cette question tout au long du livre : « Pourquoi ?». Avec elle, on assiste à la finale avec horreur, on atteint le paroxysme de la douleur et du bouleversement. Alors, le livre ne répond pas à l'éternelle question du pourquoi. L'auteure, interrogée à ce sujet, explique :
« la non-signifiance est une catégorie frustrante qui rend les gens fous. Tout le monde cherche des raisons. Mais parfois il n'y en a pas». Mais l'ouvrage pose de nombreuses questions, ouvre des pistes sur les raisons qui nous poussent à avoir des enfants, sur leur éducation, sur le jugement - souvent hâtif - de la société. À ce sujet, l'auteure s'exprime de façon très juste : « On essaie encore de s'expliquer les raisons du tueur alors qu'une femme qui n'aime pas son enfant subit l'opprobre général. Elle est jugée d'avance alors que le meurtrier, lui, aura droit à un procès».
Eva ne nous cache aucune de ses émotions, de la plus pure à la plus malsaine (comme suspecter son fils de méchanceté pure) jusqu'au massacre final. On pourrait s'attendre à lire le récit d'un enfant maltraité par sa mère, mais il n'en est rien, Eva tentant de faire son possible pour "réussir" l'éducation de son enfant et lui donner l'amour dont il a besoin, même si Kevin développe un rapport haineux avec sa mère. Un vrai petit monstre.

Au sujet du succès de son livre malgré la gravité de ses sujets, l'auteur pense que
«les femmes sont fatiguées que la maternité soit dépeinte comme une suite de moments nourrissants et merveilleux. C'est difficile et frustrant d'élever des enfants. La pression sur la relation amoureuse est énorme et ne rapproche pas nécessairement les conjoints. Mais on ne lit ces choses là nulle part.»
C'est ce qui explique aussi pour elle le succès que le livre a remporté auprès des groupes féministes, même si Lionel Shriver «ne veut pas être poussée dans une position politique». Elle rajoute :
« Je ne suis pas une experte en maternité. Je suis une écrivaine de fiction. Les gens oublient volontiers que j'ai inventé cette histoire. Je suis persuasive et c'est une histoire convaincante. Ce que les gens font de mon roman ne m'appartient pas».
Suite à l'écriture de ce roman, l'auteur a su qu'elle n'aurait jamais d'enfants. Elle
précise que la maternité «n'est pas pour [elle] et qu'[elle] a probablement pris la bonne décision» (mais on ne peut jamais être sûr).

Il faut qu'on parle de Kevin est le roman le plus abouti que j'ai lu depuis longtemps, aussi bien au niveau de l'écriture (un peu lourde au début, tellement riche par la suite), de la construction narrative, de l'évolution du drame, que des réflexions qu'il apporte. Longtemps après l'avoir lu, il est encore présent en moi, bouleversant, traumatisant, brûlant.


Née à Caroline du Nord en 1957, Lionel Shriver a fait ses études à New York. Diplômée de Columbia, elle a été professeur avant de partir parcourir le monde. Elle a notamment vécu en Israël, à Bangkok, à Nairobi et à Belfast. Après six romans qui ont connu une publication confidentielle aux États-Unis, elle entreprend l’écriture d’un récit inspiré de la tuerie de Columbine. Il faut qu’on parle de Kevin a obtenu un éclatant succès de par le monde et a remporté l’Orange Prize en 2005.
Lionel Shriver vit à Londres avec son mari, jazzman renommé.

Quelques articles (journaux et blogs) :
Tu seras un monstre mon fils, Le Figaro
Une mère, un fils et une tuerie, La Presse
Un avis moins enthousiaste, le journal d'une lectrice, Papillon

*Les propos de l'auteur cités ci-dessus proviennent d'une entrevue du journal Châtelaine, du numéro de mai 2007

En écrivant ceci, j'écoute cela : Amy Winehouse, Back to Black (Universal Island Records, 2006)

30 août 2007

Quelque chose à se mettre sous la dent

Extrait :

«Je regardai les titres : les oeuvres complètes de Kaiko Takeshi, son écrivain préféré, et aussi Stendhal et Sartre. Je savais que ce dernier était adoré des Japonais qui le trouvaient follement exotique : avoir la nausée face à un galet poli par la mer constituait à ce point le contraire d'une attitude nippone que cet auteur provoquait la fascination que suscite l'étrange.» (p.40)

Une entrevue, agrémentée de vidéos.
Et une entrevue radio (avec un rire époustouflant à 2'33'')
L'article dans Le Monde

Voilà, le charme opère... Je le pensais déjà, Amélie Nothomb excelle dans l'autobiographie. En attendant que je le finisse, ces entrevues vous mettront peut-être l'eau à la bouche...


PS : Aimzon il faut que tu le lises, toi qui reviens du Japon !!

24 août 2007

Le retour !

L’Amélie-mélo
Amélie Nothomb est là, et bien là : on est heureux de vous annoncer que Ni d’Eve ni d’Adam (Albin Michel) signe son retour (au Japon) gagnant.

Olivia de Lamberterie, ELLE, le 20 Août 2007

Et vous savez quoi ? Je serai l'une des premières au Québec (évidemment sans compter les journalistes, chroniqueurs et libraires) à le lire, je l'ai commandé sur Internet et devrais le recevoir au tout début septembre....
Comme quoi malgré tout, Amélie garde pour moi une place de premier choix !

Edit : aujourd'hui, 28 août, je l'ai reçu ! Je vais m'y coller dès que j'aurai fini le troisième tome de Fortune de France.

04 août 2007

Compte-rendu de mes Francos...


Jeanne Cherhal, Saule et Pierre Lapointe - Théâtre Maisonneuve, Place des Arts, le 28 juillet 2007
Très bon show, soirée franco-belgo-québécoise avec la participation (assez longue) de Pierre Lapointe. J'adore le Pierre mais honnêtement je me serais passée de sa prestation, moi qui n'attendais que Jeanne Cherhal, je n'aurais pas cru que Pierre Lapointe jouerait 45 minutes seul au piano...
Son arrogance habituelle, que j'avais adorée lors de son spectacle à Saint-Jean-sur-Richelieu (lire ici), était un peu de trop dans un spectacle triple comme celui-ci.
Le belge Saule, qui a eu l'honneur de débuter la soirée, s'en est bien sorti avec des chansons parfois drôles, une bonne présence, et surtout une voix incroyable. Je ne le connaissais pas mais il avait son fan-club dans la salle !
Jeanne Cherhal est arrivée toute sautillante sur scène avec sa collègue bassiste Annick Agoutborde. Elles nous ont entraînés, avec le batteur Emiliano Turi et le guitariste Eric Lohrer, dans un spectacle très énergique. Je citerais Philippe Renaud, du journal La Presse : « À l'aise sur la grande scène de la Place des Arts, Jeanne Cherhal, à l'instar de son collègue belge [Saule], est une vraie bête de scène. Suave, écrivions-nous? Et rockeuse, gouailleuse, drôle, physique. Et sensuelle: quoi de plus sexy qu'une femme en robe jouant de la basse électrique? Cherhal prend un malin plaisir à ébranler les diktats de la chanson française. Elle force le rock à se marier à ses textes allumés mais est capable d'une grande sensibilité lorsqu'elle s'assoit seule au piano.»
Jeanne Cherhal et son groupe ont repris la majorité des chansons de l'album L'eau, sorti l'année dernière. J'ai eu une petite frayeur alors que je voyais qu'ils ne jouaient pas la chanson Je suis liquide, l'une des chansons clés de l'album, pour finalement être rassurée lors du premier rappel. Ouf, ma chanson préférée !
Quelques chansons (La station, rural et Un couple normal) du premier album, 12 fois par an, et hop, compte tenu du peu de temps qu'il restait, le concert était bouclé...
Dommage pour ceux, qui comme moi, étaient venus pour elle, je suis ressorti un peu frustrée par la durée de la prestation, mais qu'est-ce que vous voulez, ce sont les Francofolies... Espérons qu'elle reviendra pour un concert en son seul nom...
Photo d'André Tremblay - La Presse

Yann Perreau, 5e salle de la Place des Arts, 3 août 2007

Yann Perreau présentait son spectacle Perreau et la lune, créé il y a quelques mois. Des versions épurées - voix, piano - de ses chansons. Des chansons dans «leur plus simple appareil» comme l'artiste a pris plaisir à le préciser.
C'était ma première fois dans cette salle (5e salle de la Place des Arts) et j'ai adoré. Le son, la configuration de la salle, tout était parfait.
Accompagné de son complice Alex McMahon, pianiste impressionnant, Yann Perreau a chanté des chansons tirées de ses deux albums, Western Romance et Nucléaire. L'absence d'orchestre a mis en valeur sa voix, qui a pris beaucoup de maturité - me semble-t-il - en quelques mois. Yann Perreau a une forte présence scénique - ceux qui l'ont déjà vu en concert plus rock le savent - et le minimalisme de ce concert ne l'a pas empêché de démontrer des talents de : conteur, humoriste, imitateur et bien sûr toujours charmeur...
Il reprend, par rapport à la thématique de la lune, plusieurs chansons d'artistes bien connus qui ont évoqué ce thème dans leurs chansons : Moonlight Drive, des Doors, J'ai demandé à la lune d'Indochine, La lune d'Arthur H...
Un spectacle extrêmement intéressant, qui a soulevé le public.
Une entrevue sur l'artisan marathonien Yann Perreau...

Karkwa, Club Soda, 4 août 2007

Deuxième fois que je voyais Karkwa en quelques mois. Mais cette fois-ci, au Club Soda, les moyens étaient plus importants. L'éclairage, particulièrement, était magnifique. Ça fait plusieurs fois, notamment pour le spectacle de Patrick Watson, mais aussi pour Jeanne Cherhal, que je remarque l'utilisation prticulière de lumières (spots qui tombent du ciel, lumières en pointillés...), qui apportent vraiment quelque chose au spectacle.
La bande à Louis-Jean Cormier donnait son troisième show d'affilée au Club Soda, et cette troisième soirée correspondait à «La fin des tremblements», autrement dit le dernier spectacle de ce merveilleux album, Les tremblements s'immobilisent.
C'était donc «le party» !
Nous avons même eu droit à au moins 6 nouvelles chansons si mon compte est bon. Le nouvel album devrait sortir en avril 2008, dixit Louis-Jean Cormier (chanteur-guitariste). Les musiciens ont comme d'habitude été excellents, en tête le trio Louis-Jean Cormier, François Lafontaine (claviers) et Julien Sagot (percussions, voix, sons divers et variés).
Un bon moment électrique et bruyant, un peu l'antithèse de ma soirée de vendredi avec Yann Perreau, tout épuré.
L'article de Philippe Renaud, dans La Presse (encore lui!)

En écrivant ceci, j'écoute Tortoise, groupe américain de jazz-électro-rock, avec l'album TNT (City Slang)

PS : je ne me suis toujours pas remise de la lecture de Il faut qu'on parle de Kevin, de Lionel Shriver. Depuis, je lis des choses sucrées, des romans d'été, ça me détend... Je vais entamer le troisième tome de Fortune de France, de Robert Merle, aussi.

22 juillet 2007

Dans la peau de ...

Dans la peau d'un intouchable, de Marc Boulet, Éditions du Seuil, 1994

Marc Boulet, journaliste, lassé de sa modeste vie parisienne, décide de se faire passer pour un intouchable mendiant, en Inde, afin de vivre la pauvreté extrême, totale, et d'observer le comportement que cet état peut entraîner chez les autres.
Ainsi, après une longue préparation (apprentissage de la langue, de la culture, stratégies pour se colorer la peau, etc.), il se rend avec sa femme à Bénarès où il va encore perfectionner sa langue et se préparer à son expérience. Puis il se lance et part plusieurs semaines dans la rue, à la gare, dans les lieux touristiques, afin de quêter quelques sous pour manger et rencontrer ses semblables.
Il atteindra plusieurs fois le fond, se résignant à rentrer à son hôtel où sa femme l'attend avec inquiétude.
La démarche de Marc Boulet est parfois difficile à saisir
. Fait-il cela juste pour écrire un livre ? C'est ce qu'il semble dire plusieurs fois dans son exercice et notamment à la fin.
En même temps on ne peut pas s'empêcher de se dire que c'est facile pour lui : il joue à l'intouchable, et puis quand ça ne va plus, il rentre chez lui prendre une bonne douche...
L'auteur sait aussi user d'un style souvent familier (voire vulgaire) qui peut parfois énerver. Mépris ou incompréhension ? L'auteur lui-même hésite parfois, oscillant entre un attachement profond à ce pays et des critiques acerbes sur le fonctionnement de l'Inde (système des castes, économie à deux vitesses, anarchie religieuse).

Ce qui ressort de cet ouvrage, c'est toutefois cette connaissance profonde de l'Inde et de son fonctionnement, l'apprentissage de la langue, la volonté de s'intégrer parfaitement à la société et donc de la connaître à fond. On ne peut nier cela, Marc Boulet critique parfois vertement l'Inde, mais par ces mots on sent aussi l'amour qu'il a pour ce pays. C'est un amour mêlé de haine, une haine que l'on ne peut se permettre qu'en connaissant très bien une société, je crois.
Alors la forme peut être critiquable, elle a depuis été maintes fois utilisée (Dans la peau d'un noir, Dans la peau d'un Chinois, Dans la peau d'un homme (!) - que j'ai vu récemment dans la librairie de l'aéroport - et j'en passe...), mais elle n'en est pas moins une façon d'en apprendre davantage sur ce pays fascinant, qui décidément, n'a pas fini de nous étonner.
Une intégration totale dans un pays si différent de la France est impressionnante, et que l'auteur n'ait eu aucun problème avec la police locale ou les autres mendiants peut étonner (parler couramment hindi après 6 mois d'étude de cette langue si complexe me semble impossible. Mais Marc Boulet, diplômé de l'Institut national des langues et civilisations orientales, est probablement un fin linguiste).

Marc Boulet s'explique peu sur ses motivations, on sent qu'il vit cette expérience comme un purgatoire dont il ressortira plus fort. Il s'agit probablement d'une raison assez égocentrique, puisqu'avec ce livre, Marc Boulet ne sauve malheureusement pas les millions d'intouchables qui vivent cette horreur chaque jour. Cependant, il nous éclaire, nous, privilégiés parmi les plus privilégiés du monde, sur cette condition qui existe encore aujourd'hui.
Pas le livre du siècle, mais intéressant pour qui veut se plonger dans l'Inde contemporaine (des 15 dernières années), jusque dans ses recoins les plus sombres...

En écrivant ceci, j'écoute Nick Cave and The Bad Seeds, Sweetheart Come (WEA, 2001)

20 juillet 2007

Il faut qu'on parle de Kevin

Bientôt, je vous parle de ce livre, que je viens de terminer. Pour le moment, il me faut un peu de temps pour le digérer et m'en remettre. Rien que d'y penser, j'en ai les larmes qui me montent aux yeux...
L'un des meilleurs livres que j'ai lu depuis longtemps, une réflexion forte et bouleversante, une histoire abominable admirablement bien écrite (et traduite).

07 juillet 2007

La consécration de Patrick Watson


The Besnard Lakes et Patrick Watson au Métropolis, 5 juillet 2007

La soirée a mal commencé... Le Métropolis, bondé, nous avait repoussé dans ses tréfonds, où l'absence de chaises et de tabourets nous a obligé à nous appuyer sur une rembarde en métal. Au fur et à mesure qu'elle se remplissait, la salle devenait assourdissante, le brouhaha incessant résonnait et nous empêchait même d'écouter attentivement la première partie qui venait de débuter : The Besnard Lakes, que je ne connaissais pas, un groupe de Montréal assez intéressant mais que nous n'avons pas pu apprécier tant les gens n'avaient aucun considération pour la musique qui se jouait devant eux. Bon Dieu, quand on va voir un concert, y-va-t-on pour la musique ou pour discuter avec ses amis ? Je crois que les gens n'ont plus de respect pour la musique, et ne vont plus voir un concert dans le même état d'esprit qu'avant. De plus, des salles comme le Métropolis, pour des concerts proposés par Spectra, ne sont pas là pour favoriser ce respect de la musique (passage incessant des serveurs, accoustique médiocre, places assises limitées). Il n'y avait qu'à voir le monde présent lors de ce spectacle, très certainement au delà de la capacité autorisée par les services incendie de la ville : impossible de se placer correctement pour avoir une bonne vue et/ou un bon son, alors les deux à la fois, imaginez !
Le spectacle de Patrick Watson arrivait à grand pas et nous étions d'accord que, si cela devenait trop insupportable, nous partirions... même à grands regrets... Nous souhaitions le voir, mais le voir dans de bonnes conditions si possible.

Mais là, il s'est passé un truc incroyable : la foule en délire, qui nous gênait au départ, s'est mise à vibrer d'une même énergie. Nous étions tous là POUR Patrick Watson et nous étions si nombreux que c'en était hallucinant. Personne ne s'attendait à un tel enthousiasme, pas même Patrick Watson lui-même. Nous nous sommes laissées porter par l'enthousiasme général et le spectacle a véritablement commencé. La mise en scène nous a réservé de belles trouvailles, trop rares de nos jours dans des concerts rock, comme ces spots qui tombent du ciel et illuminent la scène au moment où la chanson se déchaîne. Le clou du spectacle a été sans conteste le moment où Patrick Watson, armé d'une lampe frontale, est descendu dans le public avec son guitariste pour chanter The Man Under the Sea sans amplification. Au moment du refrain, tous les musiciens étaient remontés sur scène et ont remis le courant pour quelques secondes, puis retour dans le public, tout ça dans une salle complètement noire... L'ensemble d'instruments à vent a eu ici un rôle majeur et a été fortement applaudi. Les musiciens et chanteurs ont d'ailleurs tous été parfaits, usant d'ingéniosité avec leurs instruments (des ballons qu'on dégonfle sur les cordes d'une guitare, il fallait y penser!), avec une belle surprise en la personne de Lhasa, pour un duo avec Patrick Watson.
Un autre moment important a été la reprise en version disco de The Great Escape, il fallait y penser à ça aussi et le public a embarqué avec joie, chantant le talalatatanana en choeur. Patrick Watson a eu une idée de génie !

Le public n'en finissait plus de rappeler le chanteur et son groupe, qui, lui, devait partir au Club Soda pas très loin pour jouer avec The Cinematic Orchestra (Si vous n'avez pas encore écouté l'album de ces derniers, Ma fleur, auquel le montréalais participe, je vous invite à le faire de toute urgence...). Généreux, nous avons eu droit à deux ou trois rappels (ça m'échappe) puis l'auteur-compositeur s'est éclipsé avec sa bière (indispensable bière sur le piano...), sa clope au bec, ses musiciens, ses blagues douteuses sur les francophones (petit bémol à ce niveau là, il aurait pu se forcer un peu à parler plus en français - il est parfaitement bilingue - on est à Montréal, bordel !) et son chapeau de magicien de la musique. À suivre... de très près. Patrick Watson est l'un des meilleurs ambassadeurs de la musique dite "montréalaise", mélange de genres et d'émotions, pour le plaisir des yeux, des oreilles, et du coeur.

PS : J'avais parlé du disque de Patrick Watson ici.

01 juillet 2007

Le voyage de Sahar

Fermez les yeux et écoutez la musique. Fermez les yeux et imaginez un voyage, un paysage apaisant, ondulant. Imaginez un désert. Oui, un désert est approprié lorsque l'on écoute Anouar Brahem.
Son dernier album, Le voyage de Sahar, nous emmène dans des contrées lointaines. Le nom de cet album évoque immanquablement le Sahara, l'origine d'Anouar Brahem, tunisienne, et son instrument, l'oud.
C'est dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal que nous avons vu le groupe d'Anouar Brahem, composé également de François Couturier au piano et de Jean-Louis Matinier à l'accordéon. Dans un théâtre Maisonneuve (Place des Arts) comble, le trio a enchanté son public pendant 1h30.
Je ne connaissais Anouar Brahem que par son album Le pas du chat noir, et par l'album qu'il a réalisé avec l'excellent Keith Jarrett (qui d'ailleurs jouait hier soir juste après Anouar Brahem, dans la salle Wilfrid Pelletier, où je l'avais vu il y a 3 ans :-) Madar.

Petit retour sur une bio exemplaire (merci Wikipédia !) :

À l'âge de 10 ans, il rejoint le Conservatoire national de musique de Tunis et commence à jouer dans des orchestres à l'âge de 15 ans. Joueur d'oud, il compose pour son instrument et diverses formations (en particulier du jazz). En 1981, il s'installe pour 4 ans à Paris, période pendant laquelle il collabore avec Maurice Béjart et compose de nombreuses œuvres originales, notamment pour le cinéma tunisien.

Entre 1985 et 1990, de retour en Tunisie, il poursuit son travail de composition et, par de nombreux concerts, acquiert une notoriété publique. En 1987, il se voit confier la direction de l'Ensemble musical de la ville de Tunis et, en 1988, il ouvre le Festival de Carthage avec Leilatou tayer. Tunis Hebdo écrira : « Si nous devions élire le musicien des années 80, nous choisirions sans hésiter Anouar Brahem ». En 1990, il s'envole pour une tournée aux États-Unis et au Canada et, en 1992, il est appelé à concevoir et à participer activement à la création du Centre des musiques arabes et méditerranéennes au Palais Ennajma Ezzahra du baron d'Erlanger à Sidi Bou Saïd.

Outre ses propres albums, il écrit aussi des musiques de films et fait partie, avec le libanais Rabih Abou-Khalil, de ce courant de la musique contemporaine qui réunit musique arabe et occidentale. Ce « maître enchanteur » qui crée « une musique à la fois totalement ancrée dans une culture ancestrale hautement sophistiquée et éminemment contemporaine dans son ambition universaliste » a joué et enregistré avec de grands noms du jazz contemporain tels que Jan Garbarek, John Surman, Jean-Louis Matinier ou Richard Galliano.

Anouar Brahem s'écoute en sirotant un thé (à la menthe de préférence), en se reposant, en lisant un bon bouquin ou en recevant un bon massage... C'est doux, feutré, sautillant parfois, jamais agressif.
Les musiciens, sur scène, se regardent beaucoup, communiquent avec leurs instruments, comme dans une discussion, le piano accompagne l'oud (dont Brahem se sert comme d'une guitare), et l'accordéon répond à ce même oud dans des solos magnifiques (et très applaudis), où l'instrument se rapproche de l'orgue par les sonorités qui en sortent, comme de longues lamentations. Les passages à l'accordéon de Jean-Louis Matinier ont été les meilleurs moments du spectacle. Mais l'ensemble vaut le détour car le trio fonctionne très bien, dans la connivence et l'excellence musicale.


14 juin 2007

Les livres de Fibula

Olivier m'a chargée de répondre à une "chaîne" sympa sur les livres.
Je m'y colle aujourd'hui. J'avais déjà établi mon top 10 de livres dans les débuts de ce blogue, mais ici, on rentre un peu plus dans les détails...

1) Les premiers livres de mon enfance
- La série de La petite maison dans la prairie, écrit par Laura Ingalls Wilder (et que mon cousin m'a lue en intégralité, le soir au lit)
- Le Club des cinq, d'Enid Blyton (le nom de cette auteure me faisait beaucoup rire), et Le Clan des 7, de la  même auteure, ainsi que toute la bibliothèque rose et verte.
- Je me souviens de Kes, de Barry Hines, l'histoire d'un garçon qui élève un faucon.

2) Les quatre écrivains que je relirai encore et encore
- Barbara Kingsolver
- Amélie Nothomb
- Jonathan Coe
- Nancy Huston

3) Les auteurs que je ne lirai probablement plus jamais
- Marc Lévy
- Dan Brown

4) Les quatre premiers livres de ma liste à lire et à relire
- Fortune de France (tome 3), Robert Merle
- Les enfants du Sabbat, Anne Hébert
- Ronde de nuit, Sarah Waters
- Traité de balistique, Alexandre Bourbaki

Je ne relis que très rarement des livres, je n'ai pas de temps à perdre, il y en a tant de nouveaux à découvrir...

5) Les livres que je viens de finir
- Anne Hébert, Les chambres de bois
- Anne Hébert, Héloise
- Pascal Rabaté, Les petits ruisseaux (BD)
- Michel Tremblay, Les belles-soeurs

Comme vous pouvez le voir, je suis dans une passe québécoise à presque 100%. Il y a plusieurs autres livres que j'ai lu dernièrement : Mises à mort de Suzanne Myre, Doggy Bag (tome 3) de Philippe Djian, et je me fournis très régulièrement en bande-dessinée à la bibliothèque.

6) Les quatre livres que j'emporterai sur une île déserte
- Le baron perché, d'Italo Calvino
- Un été prodigue, de Barbara Kingsolver
- Vendredi ou la vie sauvage, de Michel Tournier

Je refile le bébé à Misty, Marmottte et Stella.

En écrivant ceci, j'écoute le dernier album de Rufus Wainwright, Release The Stars, extraordinaire album... (j'ai croisé Rufus ce midi sur Saint-Laurent !)

29 mai 2007

Au nom des cieux galvanisés

Pierre Lapointe au Cabaret-Théâtre du Vieux-Saint-Jean, Saint-Jean-sur-Richelieu, 27 mai 2007.
On peut dire ce que l'on veut de Pierre Lapointe : qu'il est baveux, arrogant, prétentieux, qu'il se prend pour quelqu'un d'autre, qu'il a un accent français trop forcé, qu'il fait de la pop trop... pop, ou qu'il a des textes incompréhensibles. On peut dire tout ça, mais on ne peut pas aller contre le fait que c'est un grand artiste. Un très grand, touchant, multidisplinaire, brillant, dynamique, drôle, incroyable artiste. Je ne mâche pas mes mots. Et je les mâche encore moins depuis que nous l'avons enfin vu en spectacle dimanche soir au Cabaret-Théâtre du Vieux-Saint-Jean (environ 45 minutes de route de Montréal). Alors que je l'écoute depuis plus de deux ans, ses chansons, de par l'interprétation qu'il en a faite, ont pris corps et sens pour moi ce soir là. Preuve que Pierre Lapointe est un grand interprète et une bête de scène. Au début timide et se cachant derrière son personnage sûr de lui, de son talent, de son charme, Pierre Lapointe est devenu au fur et à mesure plus naturel, et encore plus touchant. Tour à tour ado tourmenté et mal dans son corps et jeune homme sexy et hot, Pierre Lapointe joue sur toutes les ambiguités, pour le plus grand plaisir de ses fans... Il y avait des relents de «Patriiiiiiiiick» dans le concert de dimanche, allusion bien sûr à l'époque Patriiiiick Bruel, lorsque des centaines de jeunes filles en fleur hurlaient le prénom de leur chanteur préféré... Mais au delà de ce charme incontestable, Pierre Lapointe est non seulement un très bon musicien, très bien entouré (Josianne Hébert au piano et aux accordéons, Philippe B. aux guitares, Philippe Brault aux bruitages, contrebasse et basse électrique, et Guido del Fabbro au violon et bidouillages électroniques), mais aussi un excellent parolier, aux textes incroyablement bien construits, plus mûrs sur ce deuxième album.
Il a tout pour lui alors ce Pierre Lapointe ? Ce qui ne l'écarte pas de certaines erreurs, pour preuve «la pire version de "Au nom des cieux galvanisés" jamais entendue», impossible pour lui d'entonner le refrain sans éclater de rire... Un peu frustrant pour le spectateur, d'autant plus qu'il ne l'a pas reprise à la fin du spectacle, comme je l'aurais pensé. Mais c'est aussi ça le bonheur du live, de l'instantané, on se rend compte que l'artiste a lui aussi ses failles.
Sinon, pour ajouter encore un qualificatif à ceux déjà énoncés, Pierre Lapointe est un artiste généreux, n'hésitant pas à promettre une séance de signature à la fin du spectacle. Séance de signature agrémentée de prises de photos, toujours avec le sourire... Certaines spectatrices en étaient toutes émoustillées à la sortie de la salle.
Ça jasait aussi dans les toilettes, à l'entracte, du Pierre Lapointe par ci et du Pierre Lapointe par là...
Non, vraiment, quelqu'un qui ne laisse personne indifférent. Son succès en France est encore une fois une autre preuve de son grand talent...

Quelques articles sur Pierre Lapointe :
Dans Télérama (avec une très belle photo et des liens sur le coté droit à aller voir, dont trois chansons au piano)
Le site officiel de Pierre Lapointe
La fiche Wikipédia (avec d'autres liens à la fin)
Un clip sur Youtube (une de mes chansons préférées)

Ce soir, je n'écoute pas Pierre Lapointe, mais Patrick Watson, "vu" (plutôt entendu) hier soir sur Saint-Viateur, et que je verrai pour de vrai le 5 juillet lors du Festival de Jazz.


15 mai 2007

Prix des Libraires 2007

Le mardi 15 mai 2007
Les libraires décernent leurs prix
Sonia Sarfati (La Presse)

Jean-François Beauchemin pour
La fabrication de l'aube (Québec Amérique) et Jonathan Safran Foer pour Extrêmement fort et incroyablement près (L'Olivier), ont reçu hier le Prix des libraires du Québec 2007 - le premier dans la catégorie Roman québécois et le second dans celle Roman hors Québec.


De plus, le comité de sélection a décerné une mention spéciale à Michel Rabagliati pour sa série de bande dessinée «Paul» (La Pastèque).
«J'avais cru, en écrivant les dernières phrases de La fabrication de l'aube, conclure cette histoire si difficile que j'avais vécue, puis racontée dans ces pages. Je me trompais. La vraie conclusion, la plus belle aussi, bien meilleure que celle que j'ai moi-même écrite, est dans ce Prix des libraires», a indiqué Jean-François Beauchemin.
L'Américain Jonath
an Safran Foer a remercié les libraires - avec humour : «Je le considère non seulement comme un honneur extraordinaire mais comme une sorte de modeste ristourne pour tout l'argent que j'ai dépensé en librairie», a-t-il écrit.

Michel Rabagliati s'est pour sa part dit heureusement surpris : «J'espère que de plus en plus de lecteurs seront réceptifs au travail sérieux qui se fait en bande dessinée car tout un pan de cette littérature, surtout du côté adulte, reste encore méconnu ou mal jugé.» Quelque 200 libraires ont participé au vote cette année.



Prix Émile-Nelligan
Par ailleurs, la poète Maude Smith
Gagnon a reçu hier le prix Émile-Nelligan 2007 pour son recueil Une tonne d'air (Triptyque). Le jury a jugé que ce recueil, le premier de Mme Smith Gagnon, présente une «écriture à la fois savante, sensible, intense et constante dans sa justesse et sa retenue». Le prix s'accompagne d'une bourse de 7500 $ et d'une médaille à l'effigie du poète remises par la Fondation Émile-Nelligan. Parmi les lauréats de ce prix créé en 1979, se trouvent Carole David, Élise Turcotte, France Mongeau et Benoit Jutras.

Je suis très contente pour Jonathan Safran Foer ! Il le mérite amplement, même si Nicole Krauss avait fait fort aussi avec L'Histoire de l'amour. Les deux histoires sont très complémentaires, alors vous pouvez lire les deux aussi...
Je vous invite aussi à découvrir la série des Paul, de Michel Rabagliati. Son dernier, Paul à la pêche, est mon préféré, avec Paul a un travail d'été. On les trouve dans toutes les bonnes librairies et aussi librairies spécialisées bien sûr, mais aussi à la bibliothèque !

12 mai 2007

Le temps des festivals

Ça y est, j'ai mes billets pour les Francofolies en poche ! Cette année, ce sera Jeanne Cherhal le 28 juillet, Yann Perreau le 3 août et Karkwa (encore !) le 4. Pas de grande nouveautés donc si ce n'est Jeanne Cherhal que je n'ai jamais vue en concert mais dont on m'a dit le plus grand bien. Et j'adore son dernier album... Pour le festival de jazz, il y a tant de bonnes choses à voir... mais si chères, dommage (j'ai déjà eu l'immense bonheur de voir Keith Jarrett il y a 3 ans). Anouar Brahem, Cinematic Orchestra, Holly Cole, Les Cowboy Junkies qui fêtent leurs 20 ans de carrière, Jaco Pastorius, Gary Peacock, Skye (oui, LA voix de Morcheeba), sont quelques-uns des concerts que j'aurais aimés voir. Je vais me rabattre sur les nombreux spectacles gratuits, qui nous font connaître aussi d'excellents musiciens. Ma maman en visite va sûrement être enchantée...

Il y a aussi le festival
TransAmériques qui débute le 26 mai, et que je vais découvrir grâce à Aimzon, qui nous rend visite également. Nous verrons peut-être une pièce ou deux (même si ça a l'air très expérimental, mais il faut être ouvert à tout...), dont je pourrai vous parler ici.

Voilà pour un été à Montréal, et ça, c'est sans compter les nombreuses projections et autres spectacles en plein air, notamment au Théâtre de Verdure.



Le Théâtre de Verdure, au Parc Lafontaine

09 mai 2007

Doggy Bag

Doggy Bag, de Philippe Djian, Éditions Juillard.

Je viens de finir le troisième tome de Doggy Bag de Philippe Djian. C'est une histoire un peu insignifiante et malgré cela, j'en poursuis la lecture et attend la sortie du prochain tome. Non pas avec impatience, tout de même, mais avec une petite pointe de curiosité malsaine, de celle que l'on éprouve parfois quand on regarde une émission de télé "honteuse" («C'est pour l'intérêt sociologique de la chose») ou que l'on lit Voici...
Le style ressemble à du Djian qui se serait assagi. J'ai connu ses premières oeuvres : 37,2° le matin, Zone érogène, Bleu comme l'enfer, Sotos, et à l'époque, j'étais mal à l'aise avec cette écriture, j'étais jeune et pure et naïve...;-), mais je dévorais tout de même les ouvrages que mon ami François (immense fan de Djian à l'époque) me prêtait.
Aujourd'hui, avec Doggy Bag, j'en attendais plus : plus de trash, plus de sexe, plus de trahisons. Faut croire que j'ai vieilli. S'il respecte à fond les règles de la série TV, nous laissant en suspens de tome en tome, jonglant entre les divers personnages et leurs petites intrigues politico-sexuelles, j'en attendais plus de ce genre : certains considérations des personnages me laissent perplexes, le style me semble parfois un peu à côté de la plaque.
Certains aspects me font penser à des séries télévisées qui ont eu une certain succès ces derniers temps : Six Feet Under entre autres (dont Djian est un grand fan)... Mais Doggy Bag n'a pas la profondeur de celle-ci et ne nous émeut pas. Tout du moins, en ce qui me concerne...
Alors pourquoi je poursuis la lecture de cette saga familiale digne de Dallas ? Parce que d'une part, je trouve un vrai intérêt dans l'exercice consistant à ÉCRIRE une série sous la même forme qu'une série télévisée. Le projet avait parait-il été commandité par Jacques Audiard, qui souhaitait le réaliser en série télévisée. Malheureusement, il semblerait que les producteurs se soient retirés de l'affaire. C'est pourquoi Philippe Djian a finalement décidé d'écrire plus qu'un pilote : une série entière, avec toutes ses saisons (ici 6 jusqu'en 2008).
Et parce que malgré tout, j'ai envie de voir ce que vont devenir les deux frères héros de cette histoire, l'un compulsif sexuel, l'autre un peu perdu dans un mariage tissé dans le mensonge, de leur mère qui en voulant assouvir sa frustration sexuelle se retrouve embarquée par un malade, de leur père qui veut reconquérir le coeur de la précédente, de tous ces gens bizarres qui peuplent l'univers de cette histoire, sur fond de scandales politique et écologique (on se croirait à La Nouvelle-Orléans après le passage de Katrina).
Ça ne ressemble tellement pas à notre vie, c'est peut-être ça qui fait que ça nous intéresse...

Au moment où j'écris cela, je suis en train d'écouter Coco Rosie et cette sublime chanson, Beautiful Boyz (avec la voix d'Anthony, de Anthony and the Johnsons), de l'album Noah's Ark.

29 avril 2007

Mirror Lake


Mirror Lake, d'Andrée A. Michaud, éditions Québec Amérique, 2006, 335 pages.

Extrait : «Une fois dans la voiture, je me suis deshabillé, mais j'ai gardé ma calotte, pour ne pas rameuter la police des moeurs. En fouillant dans la boîte à gants, où j'espérais trouver de quoi m'éponger le visage, je suis tombé sur une cassette de Johnny Cash et on est revenus à Mirror Lake, Bill, Jeff et moi, en écoutant des vieux succès comme Cry, Cry, Cry, Get Rhythm, I walk the Line et Folsom Prison Blues. J'avais découvert Cash sur le tard, mieux vaut tard que jamais, et je me demandais comment j'avais pu ignorer ce géant, parce que c'est géant, Cash, du genre inoubliable, qui va chercher le lonesome cow-boy en vous et vous met un goût de fer et de poussière dans la bouche. Écouter du Cash, c'est comme écouter le coeur vibrant des États-Unis d'Amérique, avec ses hommes au visage buriné, sa nostalgie des espaces sauvages, ses femmes qui fendent du bois en accouchant. Ça sent le crottin et la sécheresse, ça sent bon les champs désolés à perte de mémoire, la misère et l'amour, toutes odeurs qui se perdent dans le soleil couchant, quand la silhouette du lonesome cow-boy disparaît à l'horizon ou se fait percer la peau d'une balle de Remington juste avant le générique et la musique finale. Ça me procurait un bien énorme, d'écouter du Cash, même si ça me rendait mélancolique, je n'en étais pas à une contradiction près, et heureusement que le soleil a percé les nuages au moment où nous arrivions à Mirror Lake, parce que je me serais mis à brailler comme un veau, un tout petit veau perdu dans les espaces sauvages où sa mère venait de succomber à la chaleur.» (p.301)

Ce passage me laisse sans mot, sans voix, tant il s'en dégage une beauté mélancolique et touchante. Je reste sans mot devant ce texte que j'aurais aimé écrire, qui me fait ressentir tout ce que peut procurer la musique, même si je ne connais pas Johnny Cash plus que ça.
Mirror Lake est à l'image de ce texte, même si l'histoire de ce roman ne se retrouve pas dans ce passage (sauf concernant les états d'âme du narrateur). Un style irréprochable, qui fait souvent référence au cinéma et à la musique, et une intrigue qui nous amène justement très proche du rivage de David Lynch, alors qu'au début du roman, je me pensais dans Misery, de Stephen King.
Un style d'une beauté éclatante, pour une histoire angoissante, où un homme à la recherche de calme et de paix au bord d'un lac dans le Maine se retrouve aux prises avec un voisin un peu trop présent, et des personnages pas très fréquentables. Jusqu'au moment où la véritable identité du narrateur se révèle, à moins que ce ne soit celle de son voisin... Et tout ça à cause d'une pierre vieille de 400 millions d'années, partenaire de solitude de Robert, le narrateur.
La fiction imaginée par Andrée A. Michaud, Prix du Gouverneur général en 2001 pour Le Ravissement, est parfois abracadabrante, ou tout du moins extraordinaire (dans le sens qui sort de l'ordinaire). Son personnage est en quête d'une identité et d'une vérité qui ne repose que sur l'illusion. Cela l'amène à des questionnements métaphysiques quelque peu déroutants...
Une auteure québécoise que je découvre, et dont je vais probablement explorer plus amplement la bibliographie !

Le livre est disponible dans toutes les bonnes bibliothèques de la Ville de Montréal, et à la Librairie du Québec à Paris...

Pfff, ça fait du bien de réécrire un peu par ici...dans le silence, aujourd'hui...

04 avril 2007

Déprime de fin d'hiver

Je n'écris plus beaucoup ici, je suis désolée.
J'ai connu quelques problèmes techniques avec mon ordinateur. De plus la morosité ambiante ne m'encourage pas à écrire. On attend toujours le printemps ! Un peu de soleil, ça ferait du bien, non ? Les prévisions ne sont guères enthousiasmantes : encore 5 ou 6 cm de neige dans les prochains jours, et on en a encore pour au moins deux semaines avant de dépasser les 6 degrès...
Une bonne bronchite avec ça ? Ouiiiii !

Alors voilà : je continue à lire de bons bouquins et je prépare quelques bonnes critiques pour bientôt. De plus, il y a le festival Métropolis Bleu qui se déroulera du 25 au 29 avril prochains.
Ça en fait des choses à raconter !
Mais seulement quand le printemps sera là !

Article dans La Presse sur Métropolis Bleu

10 mars 2007

L'Histoire de l'amour, de Nicole Krauss


Éditions Gallimard, 356 pages.

Trois récits composent ce roman. Tout d'abord celui de Léo, vieil homme immigrépolonais durant la Seconde Guerre Mondiale, qui vit seul à New York, après avoir perdu ses illusions et son unique grand Amour. Écrivain à ses heures, il cherche à se faire remarquer par n'importe quel moyen et ne veut pas mourir avant que son fils ne connaisse son existence.
Dans la deuxième narration, c'est Alma, 14 ans presque 15, qui nous raconte l'histoire de sa (courte) vie. Elle cherche un moyen de se remettre de la mort de son père sept ans auparavant. En essayant de redonner le goût de l'amour à sa mère, c'est son propre destin qu'elle façonne.
Dans une troisième ligne de récit, nous suivons un écrivain à Buenos Aires, dont l'unique livre, L'histoire de l'amour, est LE livre du père et de la mère d'Alma. Mais qui est réellement ce Zvi Litvinosk ?

Ce roman, construit d'une façon très plaisante mais pouvant être déroutante, nous amène encore une fois à reconstituer les pièces d'un puzzle compliqué.
Avec en toile de fond la Shoah et l'immigration de nombreux Juifs polonais aux États-Unis, le roman nous transporte d'une New York contemporaine vu par un vieillard et une jeune fille, à une Buenos Aires poétique.
La littérature crée un lien unique entre tous ces personnages et parfois la réalité se mêle à la fiction littéraire. Parfois, on ne sait plus distinguer le vrai du faux.
Mais l'Écrit et son étrange pouvoir lie tous les personnages et «par lui se fait la transmission, se forge l'identité et s'établit la vérité.»(Vanessa Aubert sur Fluctuat.net)

Par son livre, Nicole Krauss a aussi voulu démontrer comment la Shoah a brisé de nombreuses vies, celles de ses condamnés bien sûr, mais aussi celles de ses survivants, comme Léo (et comme les grands-parents de Nicole Krauss).

Les livres de Nicole Krauss et de son mari Jonathan Safran Foer abordent des thèmes identiques et forment un véritable "couple littéraire", l'un répondant à l'autre et vice-versa. Ces deux lectures permettent d'aborder des thématiques terribles, la perte, le deuil, la Shoah, la guerre, la douleur, mais amenées ici avec style, parfois humour, et toujours avec un immense attachement pour les personnages, et surtout beaucoup d'amour pour la vie.

Quelques articles :
Dans Libération, et dans Voir.