10 septembre 2008

Babyji


Babyji, d'Abha Dawesar, Éditions Héloïse d'Ormesson, 2007, 445 pages.

Dans les années 90, à Delhi en Inde, nous suivons l'apprentissage de la vie et l'émancipation sexuelle («tendance Gazon Maudit») d'Anamika, jeune et brillante lycéenne de 17 ans, qui découvrira l'amour dans les bras de trois femmes différentes, tout en essayant de comprendre le monde dans lequel elle vit, à travers nombre d'événements politiques qui ont secoués l'Inde de ces années-là. L'intérêt des diverses "conquêtes" de la narratrice vient du fait que les trois femmes qu'elle côtoie viennent de trois castes différentes : une est une servante, l'autre une étudiante, et la troisième une femme divorcée. La narratrice elle-même est une brahmine, la caste brahmane étant la plus importante en Inde. Tous ces personnages vont donc évoluer à travers des relations improbables, mais qui chacune, incarne une vision de l'Inde contemporaine (la domination toujours présente de certaines castes sur d'autres, la peur de la liberté tant recherchée et l'influence de l'Occident, la dualité entre tradition et modernité, que l'on retrouve par exemple chez les enfants nés d'immigrants de première génération).
L'impertinence sulfureuse de la narratrice s'oppose aux contraintes de cette Inde, et Anamika se heurte souvent aux préjugés et aux interdits d'une société qu'elle finit par vouloir fuir (son souhait de partir aux États-Unis).
La rencontre avec le père de son meilleur ami et le souhait d'Anamika de tranformer le bad boy de sa classe en un élève modèle viendront s'ajouter à son apprentissage existentiel.
Anamika se montre souvent autoritaire et égoïste, voulant dominer les autres, se comportant comme un homme dans une société où les rôles sont très marqués. On ressent souvent son malaise, le fait qu'elle soit partagée dans ses sentiments, ses attirances, à l'aube de sa majorité, elle se découvre, parfois avec peur.
Un roman initiatique très intéressant, avec un soupçon d'érotisme, pour découvrir l'Inde dans une partie de sa complexité, et une jeune auteure (née en 1974) qui promet.

De la même auteure :

Miniplanner, Cleis Press, November 2000
Dernier été à Paris, Éditions Héloise d'Ormesson, 2008

«Delhi est une ville où tout se passe dans la clandestinité, une ville sans amour mais avec des tonnes de passion.»
Abha Dawesar

Le blogue d'Abha Dawesar, en français s'il-vous-plaît !
Et Abha Dawesar sur Myspace !

En écrivant ceci, j'écoute Éthiopiques, super découverte du week-end dernier.

17 août 2008

Élégie pour un Américain

Élégie pour un Américain, Siri Hustvedt, Éditions Actes Sud, 2008, 394 pages.

À la mort de leur père, Erik et Inga font leur devoir de mémoire en partant à la recherche d’une mystérieuse Lisa, évoquée dans les écrits de leur père.
En voulant comprendre la vie de leur père, ce sont leurs propres vies qui vont être bouleversées. Erik, brillant psychiatre, se remet de son divorce en tombant amoureux de sa nouvelle locataire, Miranda, une jamaïcaine mère célibataire aux prises avec un ex, artiste photographe un peu trop harcelant. Inga, auteur d'essais philosophiques, que la mort de son mari, un auteur célèbre, a traumatisée, tente de mettre à nu les émotions de sa fille Sonia, tout en affrontant les fantômes de son passé, et notamment une maîtresse de son mari…
Tout cela sur fond de 11 septembre, dans une Amérique qui se remet en question, et où les racines de chacun n’ont jamais eu autant d’importance (les esclaves marrons pour Miranda, les immigrants norvégiens pour Érik et Inga).
Ce livre est à ranger sur la même étagère que Extrêmement fort et incroyablement près de Jonathan Safran Foer, L’histoire de l’amour de Nicole Krauss, ou même (et surtout) Lignes de faille de Nancy Huston.
Il évoque avec beaucoup de finesse notre monde contemporain, avec notre quête d’identité perpétuelle, la lourdeur et la folie de nos sociétés consuméristes. Les personnages sont poussés à l'introspection permanente.

Siri Hustvedt, grande connaisseuse artistique (elle a écrit Les Mystères du rectangle, essais sur la peinture, en 2006), se rapproche ici du monde de la psychanalyse, par son personnage principal. Autour de lui gravite plusieurs artistes : Miranda, qui peint, et Jeffrey Lane, son ex, qui par son propos et sa façon d’agir, n’est pas sans rappeler l’artiste disjoncté de Tout ce que j’aimais, son précédent roman.

D’ailleurs, Siri Hustvedt use d’un procédé que j’aime particulièrement : elle refait vivre certains de ses personnages de ses précédents livres dans de petites scènes. Ainsi, dans la scène du souper chez Inga, on retrouve un Léo vieillissant, qui ne s’est jamais remis de la mort de son fils Matthew dans Tout ce que j’aimais. Ces petits « caméos littéraires » assurent une continuité dans ses ouvrages et ses thématiques.

New York reste elle-même un personnage à part entière, et l’on retrouve tout l’amour que l’auteur porte à cette ville dans ses descriptions. Les quelques voyages des deux protagonistes principaux dans leur Minnesota natal reconnecte l’auteur avec ses origines norvégiennes et avec la thématique de l'immigration.
La trame narrative est jalonnée par les rencontres avec les clients d’Erik, âmes perdues et esseulées, qui le confrontent dans sa propre solitude.
La mélancolie qui se dégage à la lecture de ce livre nous ramène au titre, une élégie étant un poème lyrique de facture libre, écrit dans un style simple qui chante les plaintes et les douleurs de l'homme, les amours contrariés, la séparation, la mort.
Élégie pour un américain est un roman complexe, qui se lit par petites touches.

"Elégie pour un Américain" ne déçoit pas. C'est un très beau texte, ambitieux, fort, lourd aussi, à force de pousser les uns et les autres dans leurs retranchements, jusqu'au bout de leurs blessures et de leurs manques. (...) On pense effectivement à Don DeLillo ou à Richard Ford dans sa façon de psychanalyser l'identité, les névroses états-uniennes, d'une écriture sans affectation. Non sans exceller à rendre les émotions palpables, les sentiments tangibles. Siri Hustvedt est vraiment un grand écrivain.
Delphine Perras, L'Express 06/06/2008

12 août 2008

«Camille, le petit lapin Energizer de la chanson» (Philippe Renaud, Journal La Presse)

Qualifié par plusieurs journalistes du Québec comme l'un des meilleurs shows des Francos 2008, le spectacle de Camille était tout à fait dans la continuité de ses précédentes tournées. La recherche musicale, axée sur le corps et les voix, était très surprenante et enthousiasmante. Malgré mon immense fatigue et le fait que j'étais seule à ce spectacle, je me suis laissée emporter par la douce folie de Camille. Un seul instrument sur la scène, un piano tour à tour effleuré et trituré par Majiker, l'acolyte de Camille depuis plusieurs albums. Le reste, que des humains : Ezra et Sly (du groupe Saïan Supa Crew), qui font les percussions avec leurs voix, Martin Gamet, le bassiste sur la précédente tournée, est ici accompagné de deux autres choristes pour accompagner par la voix et les pieds les chansons des deux albums Le Fil et Music Hole. Deux autres choristes viennent compléter le tableau. Tout ce petit monde réuni pour nous offrir une expérience musicale assez inédite. L'artiste a réussi à enthousiasmer la majeure partie du public présent au Métropolis, aidée par son naturel bien connu des fans...
Je dois avouer quelque chose que j'ai regretté dès le lendemain : j'étais si fatiguée que je suis partie avant la fin, un peu avant minuit. J'ai donc loupé quelques chansons à la toute fin. Mais j'avais heureusement entendu l'une de mes chansons préférées,
Pâle Septembre, de l'album Le Fil, dans une version magnifique (j'en avais des frissons). Il faut dire que la première partie était un peu trop longue à mon goût (Thomas Hellman), mais c'est un peu toujours comme ça quand on vient pour un artiste en particulier.

Un article sur Camille dans
La Presse
La critique du concert par
Philippe Renaud

Longueur d'ondes

Le journal Longueur D'Ondes, qui - oh ça alors - vient de ma région, Bordeaux, a publié dans l'un de ses derniers numéros une entrevue assez longue de Camille, confrontée à Gonzales, artiste canadien (pianiste et producteur, entre autres choses). La revue était justement distribuée à la sortie du spectacle de Camille, que je suis allée voir le jeudi 31 juillet au Métropolis.
Je vous la copie/colle ici, car elle était bien intéressante, enfin une entrevue en profondeur sur l'art, la création et l'inspiration musicale.

« Vos nouveaux albums s’ouvrent sur des titres très entraînants, très dansants, qui parlent au corps. Est-ce un élément important de votre inspiration ?
Gonzales : Je ne danse jamais. Je ne m’exprime pas trop avec mon corps. Et surtout, je ne crois pas en l’inspiration. J’essaie de faire de la musique tout le temps. J’évite ainsi de mettre la pression sur l’acte "sacré" de la création. C’est dans l’oreille de l’auditeur que l’inspiration se passe. En plus, pour ma génération, la musique sur laquelle on danse est beaucoup moins festive que celle qu’on trouve sur Gospel with no Lord [Ndla : l ’ouverture de l’album de Camille] ou Working together, sur mon album.

Camille : Moi, je fais beaucoup de danse par contre. Le rapport entre le son et le mouvement m’intéresse beaucoup. J’ai donc fait ce choix du travail sur ma voix, et par définition sur l’instrument de la voix, c'est-à-dire le corps. Je ne tente plus de parfaire ma technique au piano, mais de développer la connaissance de mon propre corps, et du mouvement. La pratique de la danse a influencé ce dernier album : je voulais faire quelque chose de joyeux et d’ouvert, plutôt que dancefloor, même si il y a des clins d’œil au disco.

G : Solo Piano [Ndla : le précédent album de Gonzales] peut être considéré comme un album dansant. Il ne faut pas limiter la danse aux morceaux uptempo, des claps, des claquements de doigts ou des grosses caisses qui marquent le rythme.

C : Pareil, pour le mouvement. Il ne faut pas le réduire à un truc de clubbing. Je ne travaille actuellement sur les chants religieux, et l’important, c’est de chercher les rapports entre le son, le mouvement et le geste.

Est-ce à dire que la musique est nécessairement un laboratoire ?
C : Oui ! C’est forcément exprimer quelque chose que tu as dans la tête et qui n’est pas dans l’air du temps. Je n’écoute pas de hip-hop, mais je suis influencée par ces mecs avec leur subwoofer à fond, dans leur voiture. Ça m’a du coup, donné envie de travailler sur des subs Pas de style particulier, donc, juste des éléments qui me touchent et qui m’imprègnent.

G : C’est la différence entre entendre et écouter. Les artistes qui ont une musique personnelle, sont plus dans l’entente qu’à l’écoute. L’écoute, c’est chercher quelque chose. Quand je dis que l’inspiration n’existe pas, je veux dire que l’inspiration active n’existe pas. Quand tu cherches, que tu attends, que tu mets une pression sur l’acte "sacré" de la création, c’est généralement que tu n’es pas sûr de ce que tu veux faire ou dire. En réalité, la création est plus liée à l’inconscient ou à une passivité d’entente.

C : Ton corps retient ce qui lui correspond, ce qui y pénètre naturellement. Il n’est pas dans une démarche volontaire de copie ou d’assimilation. Moi, je m’imprègne et je laisse les choses se décanter. Un disque n’est que le témoin d’un moment de ta vie. Ça ne sert à rien de se dire : « Je veux faire un disque dans ce style-là ». C’est à la fois un exercice mental et spontané. Corps, esprit, émotions, c’est l’expression de l’être humain en entier.

Selon vous, pourquoi faites-vous figures d’OVNIS ou de fous ?
G : Il y a une époque où nous serions passés pour des conservateurs, pour des artistes conformistes. C’est juste une réaction aux mythes auxquels croient les musiciens de notre génération : notre démarche parait par rapport à eux, plus originale. En fait, j’ai une approche très conservatrice : je suis les règles musicales qu’on m’a inculquées. Je ne suis pas en train de chercher quelque chose de nouveau dans la musique, mais une manière d’exprimer ma personnalité, mes défauts et mes contradictions. Je mets de l’humour sur des mélodies mélancoliques, et pour certains, c’est bizarre ou inattendu. Mais, c’est juste moi ! Les musiciens qui font de la musique mélancolique essaient d’avoir une image plus sensible. Mais, je n’y crois pas et surtout, je ne le suis pas ! Employer le mot « fou », c’est vraiment trop relatif. Prenons mon pote, Philippe Katerine qui pour moi, compte vraiment artistiquement. Il est tout sauf un clown ou un fou. Au XVème siècle, à la cour royale, personne ne l’aurait considéré comme un fou. Il aurait peut-être été le poète le plus prisé de la Cour de France.

C : Et être fou, qu’est-ce que c’est ? Ça veut dire qu’à aucun moment, tu n’es maître de ta créativité, de ton énergie ou de ta violence. La musique, c’est incompatible avec ce manque de maîtrise. A partir du moment où il y a création, il y a expression et donc, on n’est plus dans la folie. Peut-être, serais-je folle si je n’avais pas la musique…

G : C’est comme les tueurs en série. Jusqu’au passage à l’acte, ils cachent leur mal-être…

C : Combien même tu dis « je veux tuer tout le monde », mais que tu le chantes, alors, tu n’es pas fou ! Parce que tu as exprimé ton démon, tu l’as sublimé.

Votre folie, c’est peut-être sans verser dans l’impudeur, de beaucoup vous dévoiler dans vos albums, de révéler toutes vos facettes ?
C : On n’a pas peur des contradictions. Mais, est-ce ça la folie ? Je ne crois pas. Pour moi, la vie, c’est accepter les contraires. La folie, ce serait plutôt être puriste, intégriste, vouloir que tout soit pareil. Mais, être dans la contradiction, c’est plutôt sain et ça me permet d’être très heureuse.

G : Supprimer les contradictions pour faire un tube, voilà la folie ! Parfois, je rencontre des artistes dont la musique m’endort, et je découvre qu’ils ont d’autres facettes, des contradictions. Et je me dis : « Mais pourquoi je ne les entends pas ces contradictions ? ». Voilà la folie : avoir de la matière pour "entertainer" les gens et ne pas s’en servir ! That’s crazy !

Tous les deux, vous portez une très grande attention à mettre en scène votre musique.
Camille : La pop, c’est plus que des chansons. C’est une globalité, un univers, un esprit autour des chansons. Je sélectionne et j’arrange les chansons en fonction de cette couleur musicale. C’est pour ça que je m’attache beaucoup à la production.

Gonzales : Pour moi, c’est une évidence : il ne faut négliger tous les à-côtés de la musique. Pendant des siècles, les artistes l’ont fait. Il y a le contenu - la musique, mais aussi le contenant, dont il ne faut pas se foutre. Respecter la musique, c’est aussi trouver son équivalent visuel, scénique et même philosophique. Ne pas le faire, c’est nier la communication. Ne pas construire un univers autour d’un album, c’est une insulte faite au public.

C : Si tu ne fais pas ce travail-là, on le fait à ta place et tu deviens un produit marketing. Et tant mieux, d’ailleurs : ça nous oblige à le faire. Je ne pense pas que Mozart se prenait la tête sur des couvertures de disques... (Rires)

G : Oui, mais il se prenait la tête pour savoir comment il allait se comporter à la Cour, comment il allait faire son entrée... D’ailleurs, son pote Salieri n’a pas fait ce travail de recherche. Il n’a pas osé. Il a fait la même chose que Mozart, mais il n’a pas construit d’univers autour de sa musique. Il pensait que la musique suffisait. Peut-être respectait-il trop l’acte de création pour le salir avec ces questions. Résultat : les gens se sont fait une image fausse de lui, celle d’un conformiste. Tout ça à cause de son manque d’audace.

Le français, l’anglais, ce sont des matières sonores indifférenciées ?
G : Pas du tout. Moi, je n’oserai jamais enregistrer en français, parce que j’ai un accent quand je chante, et que pour moi, chanter ne peut pas correspondre à ce manque de maîtrise. (S’adressant à Camille) Mais, toi, tu chantes sans accent - ton lead est souvent en anglais. Et quand tu chantes en français, c’est toujours plus détaché. C’est plus comme un chœur grec…

C : Sur Le Fil, j’avais en tête cette idée de chœur qui commente l’action. L’anglais est pour moi, plus dans la spontanéité et le français reste la langue de mes études, de l’analyse et des nuances. Et aussi de mon inconscient. L’anglais lui permet d’aller droit au but, d’aborder des sensations plus viscérales, à la fois les plus élémentaires et les plus profondes, plus universelles - « I love you », « I am hungry »... La pop anglaise a cette possibilité-là de faire sonner les mots les plus simples, contrairement au français. Regarde toute la musique noire-américaine. I will survive¸ c’est très simple et en même temps, hyper puissant : tout part de l’intention !

G : Ou Staying alive…

C : Ou Staying alive. Toute la tension y est tellement incarnée. En français, pour que ça soit incarné, tu dois raconter quelque chose. En revanche, le français tire sa force des sons, avec des consonnes, idéales pour le drame ou le réalisme à la Piaf. Quand elle chante, elle s’appuie sur les consonnes. Elle s’enracine. En plus, il s’agit d’une langue latine parfaite pour adapter par exemple, un standard brésilien, grâce à toutes les consommes percussives et fricatives. L’anglais, c’est plus du chewing-gum. Tu peux te mettre en bouche les voyelles et les faire durer des heures.

G : Quand j’enregistrais, il y avait dans le studio, un chanteur français de R’n’B. Parfois, entre deux prises, je l’entendais chanter et je n’entendais que son accent français. Rien que son « oh oh » sonnait faux. C’est pénible de vouloir plaquer l’anglais sur le français. L’inverse, aussi. Par exemple, l’album Monsieur Gainsbourg¸ ils ont traduit du Gainsbourg en anglais. Ce n’était pas terrible.

C : Tu ne peux pas traduire des mélodies parce qu’elles sont indissociables d’une langue. Le problème de la pop actuelle, c’est qu’on se calque sur la pop anglaise. Du coup, on pense que l’allemand ou le français ne sont pas des langues musicales.

G : Et Schubert, ça sonne mal ? (Rires)

C : Toutes les langues génèrent un imaginaire, des rythmes, des mélodies. Dans Music Hole, j’ai fait le choix de l’exactitude [Ndla : de la prononciation]. Je voulais faire des chansons, qui comme des standards, racontent des histoires, qui puissent vous embarquer. D’ailleurs, mon coréalisateur, Majiker, est anglais et si ça n’allait pas, il me le signalait. En revanche, dans God is sound, ce qui m’a intéressé, c’est le travail des sonorités. Mon propos n’est pas d’être dans l’exactitude. Je ne parle ni arabe ni chinois. Ce sont des matières sur lesquelles je vais improviser.

Alors, quel rôle joue la spiritualité dans la création ?
C : En fait, je déteste parler de spiritualité : c’est très intime et ça peut être très vite galvaudé. Mais à propos de la musique, et de la voix en particulier, il y a effectivement une vibration assez cosmique : ça part en soi, se diffuse dans un lieu et atteint les autres. La musique relie au monde.

G : Camille ayant une approche scientifique de sa voix, peut-être y trouve-t-elle quelque chose de mystique. Moi, c’est l’inverse : j’ai une approche scientifique de la musique, je me concentre sur l’harmonie…

C (l’interrompant) : C’est un truc incroyable, l’harmonie ! Ce sont des lois qui nous dépassent totalement !

G : La mélodie, c’est extrêmement cérébral. Le rythme, plus corporel. Et l’harmonie joue sur les émotions. C’est ce qui a le plus de pouvoir. C’est le plus dur à quantifier et à maîtriser. Comme j’ai longuement étudié les harmonies, j’y vois peut-être moins de mystère que Camille. En revanche, comme je ne maîtrise pas le chant et que le son de ma voix est plus instinctif, j’ai un rapport plus mystique avec les mots que je chante. Et l’effet sur le public est tout aussi mystérieux. C’est ce qui donne du pouvoir à la musique.

Et le pouvoir vous intéresse ?
G : Bien sûr ! C’est la raison pour laquelle je fais de la musique. J’ai besoin d’exercer ce pouvoir ; c’est dans mon caractère. Ce qu’il y a de bien dans la musique, c’est que les gens viennent à tes concerts et paient pour que tu exerces ton influence sur eux. Ils veulent être manipulés. C’est beaucoup moins dangereux ainsi que si j’avais été homme politique…

C : Dans la musique, le pouvoir n’est pas qu’en toi. Tu es un médium. Même si tu maîtrises tout sur scène, tu jouis tout de suite des effets de ce pouvoir sur le public. Tu as un retour immédiat. C’est hyper épanouissant.

G (avec un fort accent québécois) : Ça tue sa mère, Christ ! »

(entrevue réalisée par Samuel Degasne et Sylvain Dépée, pour le numéro 44, avril/juin 2008)


10 août 2008

Escalader l'ivresse

Il paraît que c'est l'artiste du moment, la découverte du mois, la saveur de l'année...
Après Pierre Lapointe, Karkwa, Patrick Watson, voici Alexandre Désilets, avec son album Escalader l'ivresse.
Sur les conseils de plusieurs, dont ce texte élogieux de Francis Hébert (Voir), je suis allée l'acheter hier, et franchement, je ne me lasse pas de l'écouter...

«Quinze minutes de retard, scène Molson Dry, ce soir, Montréal. Et ça y est, je le tiens, mon spectacle préféré des Francos 2008.
Alexandre Désilets, encore plus magique que sur disque, et ce n'est pas peu dire. Sa voix plus en avant, ses mots plus clairs. Un charisme tel qu'on en oublie les spectateurs qui jacassent entre eux au lieu d'écouter...
Tant pis pour eux, ils ratent l'excellence. Un des artistes les plus prometteurs d'ici.
Je suis parti tout de suite après sa dernière chanson, une inédite infiniment belle (elle s'appelle Cracher dans l'eau, je crois). Je me suis enfui pour garder jalousement ce bonheur pour moi, pour ne pas le gâcher.
De toute urgence, il faut que le cd d'Alexandre Désilets, «Escalader l'ivresse», circule le plus possible.
Pour mémoire, il avait été Disque de la semaine dans Voir. Si Pierre Lapointe cherche à repousser les limites de la chanson francophone, Désilets n'est pas en reste. On n'a jamais trop d'ambitieux novateurs...» (3 août 2008, Journal Voir)

Allez, juste pour le plaisir, voici la vidéo de sa chanson L'Éphémère :


Pour ceux qui souhaiteraient le découvrir en spectacle, il a participé au spectacle "20 ans dans les dents" (clôture des Francofolies de Montréal dimanche dernier) , qui sera retransmis sur TV5 le 17 août prochain à 20h.

03 août 2008

Cali en effervescence

Cali - Club Soda - Mercredi 30 juillet 2008 dans le cadre des Francofolies
Deuxième expérience "caliesque" pour moi en deux ans et toujours autant d'admiration pour le chanteur français qui se donne à un point inimaginable en spectacle, et juste pour ça, c'est remarquable. L'artiste nous a offert des chansons de ses trois albums, et notamment du dernier en date, à saveur plus politique (un peu démago parfois) et humaniste, L'Espoir (2008). Mais aussi ses grands succès C'est quand le bonheur ou Je m'en vais, respectivement des albums L'amour parfait (2003) et Menteur (2005). Le public, conquis d'avance, chantait et tapait des mains, répondant aux "ordres" de Cali avec vigueur. Le chanteur, dès la deuxième chanson, était déjà en train de "voler" dans la foule, soutenu par les spectateurs*, et à la fin, il a remis ça après avoir traversé le parterre en chantant, être monté au balcon, hissé par un homme et deux femmes, avoir un peu parcouru le balcon de gauche à droite et être redescendu de la même façon pour finir jusqu'à la scène porté par les fans... Ouf, rien que d'écrire ça, je suis essouflée ! Cali est soutenu par un solide groupe, un batteur hallucinant qui fait tournoyer ses baguettes dans les airs et fait danser ses bras autour de son cou et au-dessus de sa tête. Son jeu de batterie était réellement ensorcelant...Je viens de découvrir qu'il s'agissait de Richard Kolinka, le batteur du groupe Téléphone... Un homme d'expérience, donc. Le reste du groupe est tout aussi intéressant : trompette, trombone, guitare, basse, claviers, tous participent au succès phénoménal du spectacle. Mais c'est Cali qui porte le plus gros de l'énergie et de l'enthousiasme qui émanent de son spectacle...

Articles sur la prestation de Cali :

La Presse
Le Journal de Montréal


En première partie, Antoine Gratton a présenté plusieurs pièces de son album Il était une fois dans l'Est (2006), seul au piano. Enfin seul... Accompagné de sa bière serait plus juste puisque l'artiste a lourdement insisté sur le fait qu'il buvait une Mol..., et qu'il était même capable de chanter et boire en même temps, démonstration à l'appui. Un peu ridicule, mais une façon comme une autre de se donner une contenance, comme un enfant qui veut attirer l'attention sur lui. Fait marquant de cette première partie, Antoine Gratton n'a pas été capable de chanter une seule de ses chansons intégralement, les coupant à tout-va par des blagues (parfois drôles : «J'suis content que Cali fasse ma deuxième partie !!») et des réflexions diverses sur sa bière...Comme s'il n'assumait pas ses textes et ses exécutions musicales (puisqu'il interrompait aussi ses solos à la guitare et au piano). Et pourtant, Antoine Gratton en a du talent, une voix très belle, une connaissance musicale apparente et un sens du contact avec son public. Il ne lui reste plus qu'à mûrir un peu pour assumer un peu plus ses chansons et rendre le tout plus sérieux et carré.
www.antoinegratton.com


* Comment ça s'appelle, quand un artiste se jette dans la foule et se fait porter par les spectateurs ?

Littérature scandinave et finlandaise

Autant en emporte la femme, Erlend Loe, Éditions 10/18, 2005 (pour la traduction française), 237 pages. Traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud.
Jamais avant le coucher du soleil, Johanna Sinisalo, Éditions Babel, 2003 (pour la traduction française), 317 pages. Traduit du finnois par Anne Colin du Terrail.

Lus à Cape Cod sur la plage...

1. Autant en emporte la femme, Erlend Loe :
En dépit d'un titre douteux, l'auteur Erlend Loe, né en 1969 en Norvège (Trondheim) et vivant aujourd'hui à Oslo, nous livre une œuvre fort intéressante, drôle et touchante. En 300 points bien agencés, le narrateur nous conte le quotidien qu'il vit avec Marianne, qui s'installe subitement chez lui. Celle-ci va rapidement s'imposer comme maîtresse en la demeure et le pauvre narrateur devra battre des mains pour se faire entendre. Au delà de cette relation absurde, nous suivons l'apprentissage de cet homme sur lui-même. Il devra composer avec son amie et avec lui-même pour vivre cette relation de couple parfois difficile, comme en témoigne leur voyage en Europe, qui occupe toute la deuxième partie de l'histoire.
Les personnages secondaires sont délicieux, même si le tout est centré sur le couple formé par le narrateur et Marianne.
Le personnage principal, narrateur malheureux, m'a beaucoup touchée, et j'ai aimé lire ses réflexions sur la vie, sur l'amour, sur ses incertitudes, réflexions souvent naïves ou ponctuées de cynisme. Le personnage évolue beaucoup du début à la fin de l'histoire et c'est sans doute cela qui permet de s'attacher à lui. Les deux protagonistes sont là, avec leurs défauts, leurs qualités, ils ne peuvent se passer l'un de l'autre, en dépit de leurs disputes, des incompréhensions et des malentendus. Ils se séparent, se retrouvent, vivent ensemble ou séparés, mais toujours, cette Marianne revient vivre dans l'appartement du narrateur.
Autant en emporte la femme est le premier roman d'Erlend Loe, écrit en 1993. Depuis, il a publié de nombreux autres livres, surtout pour les enfants, mais tous ne sont pas traduits en français. En 1996, il publie son deuxième roman pour adultes, Naif. Super., qui l'a rendu populaire internationalement (il est traduit en 19 langues !). L'écriture lui est - parait-il - venue lors d'un voyage catastrophique en France, échange d'une année de lycée, qui a mal tourné. L'auteur s'est réfugié dans l'écriture intime comme exutoire à son expérience malheureuse... On en est content...
Erlend Loe est aussi diplômé de l'école de cinéma de Copenhague, il est scénariste et a également fondé un collectif de scénaristes : Screenwriters Oslo.

2. Jamais avant le coucher du soleil, Johanna Sinisalo :
Roman étonnant, construit de façon complexe, Jamais avant... alterne les points de vue de plusieurs personnages, des articles de journaux, d'encyclopédies, des chansons, pour nous raconter l'histoire d'Ange (Mickael de son vrai nom), photographe homosexuel talentueux, aussi prisé par la gente masculine des bars de sa ville que par les agences de pub qui le veulent pour leur nouvelle campagne. Ange est aussi une personne complexe, stressée, qui ne parvient pas à s'engager dans ses relations et qui n'est pas vraiment conscient de son charme.
En rentrant un soir, seul et désoeuvré, il tombe sur une créature qui le fascine dès le premier instant : un troll.
Il le recueille pour le soigner et se retrouve avec une véritable bombe à retardement à l'intérieur de son appartement. Il faudra qu'il le cache à ses voisins et à ses amis, et le prix à payer pour cela sera élévé. Mickael se met à chercher frénétiquement de l'information sur les trolls et comment en prendre soin.
Taïna Tuhkunen, auteure sur le site info-finlande.fr, explique que le troll est «vu à tour de rôle comme une créature mythique échappée des légendes, un animal inoffensif en peluche, capable toutefois de se transformer à la manière d’un loup-garou, le « E.T. finlandais » devient ainsi un objet hybride à travers lequel s’expriment maintes peurs, angoisses et perversions de l’homme moderne.». L'homme moderne étant ici représenté par Ange.
L'auteure rend les trolls réels, alors qu'ils font partie de la mythologie finlandaise. La rationnalisation de ce phénomène est destabilisante pour le lecteur, qui est le témoin complice et impuissant d'une relation surnaturelle.
Je vous invite à lire cet article de blog ainsi que les commentaires qui suivent, je les ai trouvés très intéressants (nombreuses références cinématographiques et littéraires) !
En dépit d'une fin un peu abrupte, on referme ce livre fasciné et effrayé par cette histoire, j'étais presque convaincue que les trolls existaient vraiment. Décidemment, la Finlande est un bien étrange pays... ;-)

Johanna Sinisalo est née à Sodankylä, dans le nord de la Finlande, en 1958. Elle a écrit des nouvelles, des essais, de même que de nombreux scénarios, à la fois pour la télévision et pour les bandes dessinées. Son premier roman Jamais avant le coucher du soleil a été traduit dans de nombreuses langues et a obtenu l'important prix Finlandia. Dans son second roman, intitulé Les héros (Sankarit, Helsinki: Tammi, 2003), Sinisalo retourne dans la mythologie finlandaise. Cette fois-ci, elle s’intéresse aux intrépides héros kalévaléens, tout en s’interrogeant sur la naissance de la figure du héros dans la littérature finlandaise.

23 juillet 2008

La femme de hasard

La Femme de hasard, Jonathan Coe, Folio Inédit, 1987 (pour la version originale), 183 pages

Premier roman de cet auteur anglais que j'adore, La Femme de hasard n'a pas connu le même succès que ses successeurs. Publié longtemps avant (en 1987) son premier chef-d'oeuvre, Testament à l'anglaise, Folio réédite aujourd'hui ce livre (format accessible car peu cher) , ce qui lui redonnera je l'espère une deuxième vie.
Car l'histoire de Maria n'est pas commune... Cette jeune femme brillante, acceptée dans la prestigieuse université d'Oxford, n'a que peu d'illusions. Tout ce qui lui arrive ne lui fait ni chaud ni froid, et on traverse avec elle sa vie désastreuse. Le regard de Coe sur tout cela n'est pas très optimiste et nous prépare déjà à ses romans suivants, et à son regard incisif sur la société contemporaine anglaise.
Dans La Femme de hasard, ce qui est fait l'originalité du roman est que le narrateur intervient souvent pour prendre le lecteur à partie, et se liguer contre l'héroïne. Parfois hilarant, parfois touchant, souvent impitoyable...

«Honnêtement, je commence à en avoir marre de Maria, et de son histoire, tout comme Maria commence à en avoir marre de Maria, et de son histoire.»

L'histoire de Maria pourrait être bien ennuyeuse mais Coe en retire des étapes essentielles (ou pas du tout!) pour nous emmener dans les différentes sphères de la vie de Maria : les études, le travail, la famille, la vie sentimentale (quasi inexistante).
Ce livre pourrait ressembler pour certains à une ébauche de roman. Cela aurait effectivement pu être étoffé, mais en ce qui me concerne, j'ai apprécié la brièveté de cet ouvrage. Supporter de nouveaux malheurs de Maria m'aurait paru un peu lourd!
Donc ce fut une belle découverte et je peux maintenant dire que j'ai lu tous les livres de Jonathan Coe, et qu'il reste l'un de mes auteurs préférés...

J'avais déjà parlé de Jonathan Coe ici.

Et en musique en ce moment : nous avons trippé dernièrement sur le concert de Calexico, et en première partie jouait un groupe canadien de Calgary, Wood Pigeon. J'ai acheté leur album après leur set. C'est excellent !

04 juillet 2008

Maldito Tango

Il y a quelques mois, j'entendais parler d'une drôle de bête : Daniel Melingo, un argentin, croisement d'un «Nick Cave bourré» selon Nicolas Tittley (chroniqueur musical officiant sur les ondes de Radio-Canada à Macadam Tribus, entre autres) ; et de Gainsbourg...
Après achat de son plus récent disque, Maldito Tango (la ressemblance avec Nick Cave m'a convaincue...), un bijou artistique juste par sa pochette, et une écoute abusive ces trois derniers mois, me voici au retour de son spectacle. Il passe encore demain soir, dans la cadre du Festival de jazz, si vous souhaitez le découvrir, je vous y encourage ! Et je pense bien qu'il reste des places pour la Cinquième Salle de la Place des Arts...
Je n'ai vu de ressemblance avec Nick Cave que par son costume chic et le timbre de la voix, très grave. Quand à l'adjectif «bourré», je ne crois pas qu'il soit approprié, parce que Melingo est finalement juste un drôle de bonhomme, décalé et comique. Inspiré aussi, mimant les paroles de ses chansons, se baladant sur la scène presque trop grande pour lui. La première partie était assez inégale, on ne savait pas trop quoi penser, quand applaudir, et Melingo ne semblait pas encore à l'aise. Quand ils ont quitté la scène au bout de 35 minutes de spectacle, je me suis même demandée si le spectacle était fini...
Heureusement, ce n'était que l'entracte bien sûr...
Voici un documentaire intéressant sur cet artiste argentin à découvrir...


30 juin 2008

All the lonely people

Eleanor Rigby (Paul McCartney - The Beatles)

Ah, look at all the lonely people
Ah, look at all the lonely people

Eleanor Rigby, picks up the rice
in the church where a wedding has been
Lives in a dream
Waits at the window, wearing the face
that she keeps in a jar by the door
Who is it for

All the lonely people
Where do they all come from?
All the lonely people
Where do they all belong?

Father McKenzie, writing the words
of a sermon that no one will hear
No one comes near
Look at him working, darning his socks
in the night when there's nobody there
What does he care

All the lonely people
Where do they all come from?
All the lonely people
Where do they all belong?

Ah, look at all the lonely people
Ah, look at all the lonely people

Eleanor Rigby, died in the church
and was buried along with her name
Nobody came
Father McKenzie, wiping the dirt
from his hands as he walks from the grave
No one was saved

All the lonely people
Where do they all come from?
All the lonely people
Where do they all belong?


Eleanor Rigby, Douglas Coupland, Éditions Au Diable Vauvert, 2007, traduction de Christophe Grosdidier


Le dernier roman de Dougland Coupland, auteur canadien propulsé au sommet de la renommée à la sortie de Génération X, son premier livre (Il a popularisé cette expression qui symbolise la génération qui a fait suite aux baby-boomers), nous promet de répondre à cette chanson des Beatles.
Nous rencontrons en effet ici Liz Dunn, dont la solitude est si grande que l'événement majeur de son existence est son opération des dents de sagesse, opération à laquelle elle se prépare avec minutie, prenant une semaine de congé de sa quelconque entreprise administrative, et louant quelques cassettes VHS, dont le film Bambi...
Mais sa semaine, qui devait s'annoncer morne et triste, ponctuée des visites familiales (le frère et la soeur aux familles parfaites, la mère un peu trop prévenante) se révèle comme son réveil à la vie, au contact d'un être qu'elle ne pensait jamais revoir. Sauf quelques passages un peu tirés par les cheveux (l'épisode "terroriste"), Douglas Coupland signe un très bon roman, triste et optimiste en même temps. La solitude est le thème central du livre («D'où viennent-ils ? Quelle est leur place ?»), mais elle demeure assumée, grâce à une ironie touchante et tordante parfois, qui passe au travers du personnage de Liz, et l'auteur parvient à ne jamais sombrer dans le mélo.


29 juin 2008

Gold fingers*

Roberto Fonseca - Festival de jazz de Montréal, 29 juin 2008, Théâtre Jean-Duceppe de la Place des Arts

Tout simplement formidable ! Merci frérot ! :)

Le site de l'artiste ici










Une petite vidéo pour vous présenter le trèèèèès beau et trèèèèès talentueux Roberto...

Un extrait de concert, c'est pas légal mais ça vous donnera une idée...


*Le titre vient du concert de ce soir : une personne dans le public a crié à Roberto Fonseca «Gold fingers!!» et lui, très modeste, a contemplé ses mains l'air un peu dubitatif et ne sachant pas quoi répondre, presque gêné...:)

La photo est tirée du site Piano bleu

17 juin 2008

Cycle Siri Hustvedt

Siri Hustvedt est une écrivaine américaine née le 19 février 1955 à Northfield (État du Minnesota), aux États-Unis, de parents immigrés norvégiens.
Poétesse, essayiste et romancière reconnue, elle est diplômée (PhD) en Littérature Anglaise de l'Université de Columbia (New York).
Le 23 février 1981, Siri Hustvedt se rend à une séance de lecture de poésie, à laquelle assiste aussi Paul Auster. Le coup de foudre est réciproque, elle épousera l'écrivain l'année suivante. Ils vivent depuis à Brooklyn, New York, et ont une fille, Sophie.
Ses œuvres sont traduites dans 16 pays à ce jour. En France les écrits de Siri Hustvedt sont traduits par Christine Le Bœuf et publiés chez Actes Sud. (Source : Wikipédia)

J'ai profité de mon voyage pour me lancer avec ferveur dans les romans de Siri Hustvedt, que je ne connaissais que comme la femme de Paul Auster, mon idole de la fin du lycée et des années fac.
J'ai commencé avec Tout ce que j'aimais, l'un de ses plus récents livres, paru en 2003.
Comme je le disais dans mon précédent billet, j'ai beaucoup apprécié l'atmosphère artistique et les discussions un peu intellos entre les protagonistes. Les descriptions de New York sont magiques, mais cela n'étonne guère, quand on a lu les bouquins de Paul Auster. La ville devient un personnage à part entière.
Le côté dramatique survenant dans la deuxième partie, j'ai eu peur d'être entraînée sur une pente un peu trop larmoyante, mais il n'en fut rien. J'ai partagé les joies et les immenses peines des différents personnages, autant que j'ai apprécié les subtiles descriptions émotionnelles et l'émouvante amitié qui lie les personnages principaux de cette histoire.


Dans Les yeux bandés, paru en 1993, on suit la transformation et la recherche identitaire de la narratrice, à travers quatre chapitres distincts mais néanmoins reliés les uns aux autres. Les personnages sont mystérieux, inaccessibles pour certains, tous en quête d'identité. D'ailleurs, le prénom de la narratrice, Iris, n'est-il pas l'anagramme de Siri ?
Encore une fois New York est omniprésente, d'ailleurs c'était amusant de retrouver les personnages dans un restaurant dans lequel je suis allée lors de mon unique visite de New York (Tom's restaurant) !
On se retrouve parfois dans des situations malsaines, qui nous mettent mal à l'aise. Siri Hustvedt veut montrer le bien et le mal que chaque être porte en lui et elle le fait ici de façon très accomplie.

Cet aspect est encore plus magistral dans le troisième livre de Siri Hustvedt, paru en 1996, et que je viens de finir, L'envoûtement de Lily Dahl, dans lequel Lily, jeune femme de 19 ans découvre la vie au travers d'expériences amoureuses, artistiques (l'art, toujours présent) et parfois même mystiques ou ésotériques. L'histoire se déroule cette fois-ci dans une petite ville du Minnesota (Etat dans lequel est née Siri Hustvedt), où tout le monde connaît tout le monde et où chacun se méfie de "l'étranger", de "l'anormal", comme Édouard, le peintre juif new-yorkais, ou Dick et Franck, les jumeaux toujours sales. Si New York n'est plus l'un des personnages centraux cette fois-ci, on retrouve la ville à travers le personnage d'Edouard et aussi par Mabel, la vieille dame amie de Lily, qui rappelle d'ailleurs à celle-ci, dans les dernières pages du livre, que «New York est la plus belle ville du monde et la pire des villes».
Quand le mystère laissera la place à la folie à Webster, les dénouements se succèderont pour Lily, Mabel, sa grande amie, et Ed, le peintre.


Siri Hustvedt vient tout juste de sortir son nouvel ouvrage, Élégie pour un américain, paru encore une fois aux Éditions Actes Sud. J'ai eu la joie de le recevoir pour mon anniversaire (ainsi que le dernier de Nancy Huston, L'espèce fabulatrice, youpi) donc il complètera ainsi le cycle Siri Hustvedt que j'ai entamé il y a un mois.

Article sur Élégie pour un américain

Article sur L'envoûtement de Lily Dahl
Article concernant Tout ce que j'aimais

Œuvres de Siri Hustvedt :
  • Reading to You (Lire pour toi) 1983
  • Les Yeux bandés (The Blindfold) 1992, trad. française 1996
  • L'Envoûtement de Lily Dahl (The Enchantment of Lily Dahl) 1996, trad. française 1999
  • Tout ce que j'aimais (What I Loved) 2003, trad. française
  • Les Mystères du rectangle: Essais sur la peinture (Mysteries of the Rectangle: Essays on Painting) 2005, trad. française 2006
  • A Plea for Eros 2006
  • Elégie pour un Américain 2007 (2008 en français)

29 mai 2008

Dans ma valise...

Je m'envole ce soir pour le vieux continent, 15 jours d'immersion dans ma région natale. J'emmène quelques livres, pour l'avion et l'attente, et mes moments libres. Dernièrement, je me suis intéressée à l'auteure Siri Hustvedt, après avoir lu ceci, entre autres. Je sais que cet article concerne Paul Auster, mais cela m'a replongée dans la littérature new-yorkaise, et comme j'ai déjà lu Paul Auster que j'aime vraiment beaucoup, j'ai décidé de m'intéresser à sa femme ;) Cela faisait quelques temps que je voulais lire l'un de ces livres. J'ai commencé par Tout ce que j'aimais, que je n'ai pas encore fini. Mais je peux dire que je suis tombée sous le charme, et tout comme à chaque fois que je découvre et aime un nouvel écrivain, j'ai emprunté à la bibliothèque deux autres livres d'elle, Les Yeux Bandés et L'Envoûtement de Lily Dahl.

J'aime l'univers de Tout ce que j'aimais, un milieu d'artistes new-yorkais, avec leurs questionnements, les épreuves qu'ils ont à traverser, leurs réalisations artistiques. Sur ce sujet, Siri Hustvedt semble très à l'aise et nous plonge dans les créations artistiques de Bill, l'un des personnages. Les analyses artistiques sont intéressantes, surtout pour une néophyte comme moi. On fréquente aussi une poétesse, et cela ne nous étonne pas d'apprendre que Siri Hustvedt a écrit de nombreux poèmes en plus de ses livres, et qu'elle a même rencontré son mari Paul Auster dans une soirée de lecture de poèmes !

Les mois de mai-juin seront donc mon cycle Siri Hustvedt...

15 mai 2008

J'avais 20 ans - Nancy Huston

Samedi 17 mai à 11h, à l'antenne de Radio-Canada 95,1 FM, l'émission présentée par Joël Le Bigot, J'avais 20 ans, nous offrira le portrait de la grande Nancy Huston en 1973-1974, année de ses 20 ans. J'ai déjà parlé de Nancy Huston ici, et , mais vous ai-je déjà dit à quel point je l'aimais ? Non ? Si ? Vous êtes sûrs ? :) Elle vient de publier (je crois qu'il n'est pas encore sorti) un nouvel essai aux Éditions Actes Sud, L'espèce fabulatrice. L'auteure en parle : «C'est un sujet surprenant pour moi aussi. Je ne m'attendais absolument pas à l'écrire. Je dirais que c'est sorti de Lignes de faille. C'est une interrogation sur l'identité, sur comment les enfants arrivent à se constituer un soi.»
La suite de l'article, dans
La Presse.
Cette auteure me fascine autant par son parcours, son histoire, que par sa magnifique écriture et les thèmes qu'elle aborde. C'est pourquoi je vous signale cette émission, qui je suis sûre nous donnera de nouvelles pistes de réflexions sur l'identité, le déracinement, puisque les 20 ans de Nancy Huston correspondent à son départ pour l'Europe, son apprentissage d'une nouvelle culture, d'une nouvelle langue.
« C’est sentir que l’humanité a une histoire, que ce continent a une histoire, qu’il y a une épaisseur des événements. Je crois que jusqu’à 20 ans, je me disais que le monde n’était pas intéressant. Je n’avais pas envie d’en être. À partir de 20 ans, je me suis dit, non, ce n’est pas vrai ça. Il y a vraiment des choses qui valent la peine d’être explorées. C’est l’année du changement. »

L'article du Journal Voir

Ce matin, j'écoute Ghinzu, Blow, ça décoiffe !

14 mai 2008

Biscuit Chinois, prise #7

Lancement du 7e numéro de Biscuit Chinois, le vendredi 23 mai à 19 h 30 à l'Espace La Risée, 1258, rue Bélanger Est à Montréal.

13 mai 2008

Karkwatson

Une information de la plus haute importance...

Patrick Watson et la formation Karkwa s'unissent pour présenter le spectacle "Karkwatson" le 12 juin au Grand Théâtre de Québec et les 13 et 14 juin au National à Montréal. Entouré de ses musiciens, Watson y interprètera ses propres pièces, tout comme Karkwa, mais se succèderont aussi plusieurs collaborations entre les deux troupes.

Rappelons que Patrick Watson a participé au dernier album de Karkwa, Le Volume du vent. Il y interprète quelques harmonies vocales sur la pièce Le Compteur.

Les billets sont présentement en vente via le réseau Admission.

(Source : Journal Voir)

Youpi youpi, juste pour mon retour de France !! Comme dirait mon amie C., « il y a un dieu pour les mélomanes »...

09 mai 2008

Ce mois-ci

Ce mois-ci, j'ai lu et été enthousiasmée essentiellement par de la bande dessinée :
- Guy Delisle, Chroniques Birmanes, aux Éditions Delcourt, Collection Shampooing, 2007
- Lisa Mandel, Libre comme un poney sauvage, aux Éditions Delcourt, Collection Shampooing (encore !), 2006
- Catherine Lepage, 12 mois sans intérêt, Journal d'une dépression, aux Éditions Mécanique Générale, 2007

Ce mois-ci, j'ai été emballée, même si je ne les ai pas lus en entier, par :
- Les 1001 livres qu'il faut avoir lus dans sa vie, sous la direction de Peter Boxall, Édition Trécarré, 2007 : une sélection assez classique, mais intéressante. À feuilleter et lire pour se donner des idées...
- Le Québec sur le divan, sous la direction d'Éric Clément et de Dr Marc-Alain Wolf, ouvrage collectif aux Éditions Voix Parallèles, 2008

Ce mois-ci, j'ai été déçue par le deuxième tome des "Cahiers de Céline", Le Cahier rouge, de Michel Tremblay. Le monde des travestis et de la vie nocturne dans le Redlight de Montréal, ça va pour quelques pages, mais j'ai laissé tomber au bout de 150 pages de tribulations de la Duchesse et de ses amis Mae Est et Jean-le-Décollé...



04 mai 2008

Nick Cave... enfin.

Il y a parfois de ces artistes que vous rêvez de voir au moins une fois dans votre vie, en spectacle, en expo, tout dépendant de l'art concerné. Des artistes qui parfois nous paraissent intouchables, que l'on pense ne jamais pouvoir rencontrer.
Pour moi, il y en a plusieurs que je n'énumèrerai pas ici, pas aujourd'hui. Parmi ceux-ci, le groupe Dead Can Dance constituait une chimère difficilement réalisable puisque le groupe était dissous depuis plusieurs années... Cependant mon rêve de les voir se réunir pour une dernière tournée s'est réalisé le 2 octobre 2005, au Théâtre Saint-Denis, à Montréal. Inoubliable.

Coïncidence
Cette année, à la même date, je réaliserai mon rêve d'assister à un concert de Nick Cave.

Ça me consolera de ne pas voir Léonard Cohen... (billets trop chers). Nick Cave est d'ailleurs un fan de Léonard Cohen, comme le prouve sa participation à un excellent documentaire/concert vu récemment.
Nick Cave and The Bad Seeds seront donc de retour à Montréal après 6 ans d'absence, et une production sur disque toujours prolifique.
J'ai bien hâte d'assister à ça...


En écrivant ceci, j'écoute PJ Harvey et son dernier album, White Chalk (2007).
Tiens, ça me fait penser que PJ Harvey est la soeur du guitariste, bassiste, batteur et claviériste Mick Harvey, collaborateur de longue date de Nick Cave. D'ailleurs, PJ Harvey et Nick Cave ont collaboré sur l'une des chansons de l'album Murder Ballads, Henry Lee, dont voici le vidéo-clip. Ils ont d'ailleurs été un couple dans la vraie vie... (potin quand tu nous tiens!)

23 avril 2008

Les Francofolies 2008

C'est l'heure de faire votre choix pour les Francos de Montréal !
Même si certains pensent qu'il n'y a pas grand chose de nouveau cette année, ce festival est toujours une joie pour moi. J'y consacre donc tous les ans un petit budget.
Cette année, j'irai voir :
- Cali le 30 juillet à 19h (Club Soda). Une deuxième fois pour moi
- Camille le jeudi 31 juillet à 21h (Métropolis). Une troisième fois !
- Benjamin Biolay le vendredi 1er août à 19h (Club Soda). Ça, ce sera une première...
- Pierre Lapointe avec sa nouvelle création le samedi 2 août à 18h (Salle Wilfrid-Pelletier, PdA), la deuxième fois pour lui également, j'en avais parlé ici.

Et vous, qu'irez-vous voir ?





En écrivant ceci, j'écoute Calexico, Feast of Wire (Quarter Stick, 2003)